
Hors les murs – 2026 – Frédérique Nalbandian – Poésie fait maison

Hors les murs – 2026 – Jeanne Susplugas – Moi et les autres
Florian Schonerstedt
Murs invisibles, 2025, film, 4’47 (FR)
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Pour sa 29ᵉ édition, les Rencontres Internationales Traverse placent au cœur de leur programmation une réflexion profonde sur ce qui échappe à la pesanteur du monde autant que sur ce qui l’ancre : l’immatériel et le geste.
L’immatérialité invoquée ici n’est pas un simple effacement de la matière, mais plutôt ce qui demeure lorsque les objets, les supports ou les dispositifs semblent insuffisants pour tout contenir. Le festival rappelle la définition du patrimoine culturel immatériel, reconnue par l’UNESCO, qui inclut pratiques, savoir-faire, représentations et expressions, autant d’éléments essentiels à notre humanité et pourtant menacés par l’indifférence ou l’oubli. Les Rencontres Traverse témoigne de l’immatériel comme un héritage en créant un espace où l’invisible, l’intangible et l’inconnu trouvent une forme d’hospitalité.
En parallèle, le geste apparaît comme la manifestation directe de la présence humaine, un acte qui fait advenir une œuvre autant qu’il révèle une intention, un doute, un tremblement. Le geste filmique — lumière, plan, mouvement, montage — y est mis sur le même plan que le geste performatif ou plastique, celui qui manipule la matière, trouble l’espace ou transforme un lieu. L’art expérimental revendiqué par Traverse privilégie la sensation première, la bribe narrative, l’intuition visuelle, autant de voies pour toucher à ce qui, justement, échappe au discours mais s’inscrit dans le corps. Les notions d’(in)visible, d’(in)tangible et d’(in)connu, qui structurent cette édition, disent bien ce qui est en jeu : une exploration des interstices, des seuils, des zones d’incertitude où l’image et le geste se chargent de sens, où le spectateur est invité à voir autrement, à ralentir, à se laisser traverser.
Ainsi “(Im)matérialité et geste” est une invitation à habiter le monde autrement, à reconnaître ce qui se transmet sans s’énoncer, à voir dans chaque mouvement une inscription, dans chaque forme une mémoire, dans chaque disparition une présence nouvelle.

© Florian Schönerstedt, Murs invisibles, HD, 4'47, 2025
