Florian Pugnaire
STRIKE THE SET
Dix ans après Mechanical Stress, sa première exposition personnelle à la galerie Eva Vautier, Florian Pugnaire revient avec une nouvelle exposition construite autour de Catenae, son dernier film produit en 2025 avec le Centre Wallonie Bruxelles (Paris) et Botanique (Bruxelles).
En géologie planétaire, on nomme catena (catenae au pluriel) une succession de cratères provenant d’une série d’impacts d’astéroïdes, ou un alignement de dépressions à la surface du sol suite à l’effondrement de galeries souterraines. Ce terme latin, à l’origine du mot « chaînes » en français, est le point de départ d’un projet d’installation résultant d’un enchaînement de catastrophes.
Maculés, déchirés ou fondus, quelques fragments d’un décor en ruine recouvrent les murs, évoquant un véritable paysage de désolation. Ces bribes d’architecture sont le support de sculptures résiduelles, préservés telles des reliques, qui semblent témoigner d’une expérience particulière : l’autodestruction d’une exposition.
Un peu plus loin, un film de fiction dévoile les différentes étapes de ce processus : dans un décor monté de toute pièce rappelant une galerie ou un musée, une blancheur immaculée inonde une dizaine d’œuvres dans un simulacre d’exposition personnelle. Devenant peu à peu le théâtre d’un enchaînement de destructions, l’espace s’autodétruit progressivement par l’action de dispositifs chimiques ou mécaniques intégrés au décor.
Le film témoigne du processus de fabrication, de destruction, de transformation d’objets et d’espaces, dans un déroulement portant à son apogée la physicalité et la tension sculpturale. Les œuvres d’art y posent non seulement la question de leur autonomie, mais la poussent jusqu’à son paroxysme en s’incarnant dans des objets autophages en lutte avec leur environnement. Filmées comme des corps soumis à des pulsions destructrices et créatrices, elles s’animent d’une volonté propre dans un récit sans dialogues dont elles sont les seuls personnages. Le film s’émancipe donc de son statut documentaire, pour plonger le spectateur dans une expérience fictionnelle, au cœur de la matière.
Le projet Catenae s’intéresse aux traces et aux artefacts résultant d’un processus artistique, ainsi qu’à la question de leur conservation, de leur résistance face à l’écoulement du temps. La notion d’exposition est à la fois le point de départ et la finalité du projet, dans une réflexion sur la fabrique des ruines, où l’acte de création et l’acte de destruction se confondent.
--
Diplômé en 2006 de la Villa Arson (Nice), Florian Pugnaire a ensuite poursuivi ses études au Fresnoy (Tourcoing). L'artiste porte une attention particulière à la notion d’atelier comme lieu de la pratique, mais aussi comme lieu de fiction, un entre-deux où la finalité du travail n’est pas encore définie et où tout peut encore être inventé ou modifié. Il manifeste un intérêt pour le processus de fabrication et de création, et situe son travail dans un espace intermédiaire entre l’atelier et le lieu de l’exposition. Il travaille sur le matériau, le temps et l’espace contenu dans l’acte de création.
Exposition à venir
Du 23 mai au 28 août 2026
Vernissage le vendredi 22 mai à 18h

