Maxime Parodi
Les vengeances de la nuit
Exposition à venir
Du 12 avril au 31 mai 2025
Vernissage le vendredi 11 avril à 18h
La galerie Eva Vautier est heureuse de présenter, pour la première fois, une exposition personnelle de l'artiste Maxime Parodi. Après avoir participé à plusieurs expositions collectives à Nice, notamment à la Villa Cameline et au 109, Maxime Parodi investit désormais la galerie avec une série d'œuvres inédites explorant la thématique de la maison.
Diplômé en 2012 de l'École supérieure d'art d'Aix-en-Provence, Maxime Parodi se définit comme un "fictionaute": un explorateur de mondes fictionnels. À travers le dessin et l'écriture, il s'intègre dans des scènes de films auxquels il est attaché, créant ainsi des univers qui font écho à la bande dessinée. Cette démarche traduit sa volonté de dépasser le rôle de simple spectateur pour s'approprier des univers collectifs et interroger la frontière entre personne et personnage.
Sous le commissariat de Jeanpierre Paringaux, qui suit le travail de l'artiste depuis plusieurs années, cette exposition présente une série de dessins de formats variés, tous centrés sur le thème de la maison. Ces œuvres inédites invitent le spectateur à une réflexion sur l'habitat, l'intimité et la notion de foyer, tout en conservant l'approche narrative caractéristique de l'artiste.

© Maxime Parodi

VIDEO A L'ÉTAGE
À l'étage de la galerie, l'artiste Jeanne Susplugas est invitée à présenter son film There is no place like home, en écho au travail de Maxime Parodi et en préfiguration de son exposition prévue à la galerie du 7 juin au 27 septembre 2025.
Jeanne Susplugas
There’s no place like home, 2012
Actrice : Manesca de Ternay
20 secondes en boucle
Née en 1974 à Montpellier, diplômée en Histoire de l’Art de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, Jeanne Susplugas enchaîne les expositions à travers le monde et a montré dans des lieux tels le KW à Berlin, la Villa Medicis à Rome, le Palais de Tokyo à Paris, le Fresnoy National Studio, le Musée d’Art Moderne de St Etienne, le Musée de Grenoble et à l’occasion d’événements tels la Biennale d’Alexandrie, Dublin- Contemporary ou le Festival Images de Vevey.
LES VENGEANCES DE LA NUIT
par Jeanpierre Paringaux , commissaire de l’exposition,
février 2025
Maxime Parodi dessine des instants de vie, des plans cinéma, des chefs- d’œuvre de la peinture classique, des captures d’écran, des moments à première vue très banals, incrustés dans sa mémoire. Il s’y faufile discrètement pour mieux les vivre de l’intérieur sans déranger, sans perturber, d’ailleurs les personnages présents, souvent très nombreux, ne lui prêtent aucune attention. Eux-mêmes silencieux, absents, poseurs, sont-ils vivants ? Ou de simples souvenirs. Certains, entièrement nus, nous regardent fixement, leur nudité n’est en rien provocatrice, elle amplifie l’aspect transparent, neutre, invisible. Des fantômes ! Témoins de la vie qu’ils traversent et que Maxime Parodi nous invite à partager.
La référence au Déjeuner sur l’herbe d’Edouard Manet (1) parait évidente, une femme nue auprès de deux hommes en train de discuter ; dans l’œuvre Le concert champêtre de Titien (2) qui l’a inspirée la nudité évoquait l’allégorie de la poésie. Comme chez Manet, aucun lien avec les muses, la nudité privilégie un personnage, cible de tous les regards. Parfois l’artiste lui-même, devenu son propre modèle, une mise en abîme venant accréditer l’idée que le dessin crée l’artiste dans son regard.
Pour sa première exposition personnelle présentée à la galerie Eva Vautier, Maxime Parodi nous propose de regarder, d’affronter la trouble réalité de notre société au travers de son regard. Le dessin comme témoin de son temps sans omettre les clivages inhérents aux ambiguïtés et contradictions des discours ambiants.
(1) Le déjeuner sur l’herbe d’Edouard Manet (1863 musée d’Orsay)
(2) Le concert champêtre de Titien (1500 Louvre)
Dans le premier espace, une succession de paysages colorés, calmes, paisibles, la couleur au service de la douceur du moment partagé, trace un chemin qui nous guide vers la nuit plus incertaine. Une soirée divertissante sur les marches encombrées du grand escalier de l’Opéra Garnier nous permet de côtoyer diverses icônes facilement reconnaissables mêlées à d’illustres inconnus, tous les fantasmes sont permis. Hommages à de vaines idoles inaccessibles, rêvées, fabriquées, faussement installées dans la vraie vie, mystérieuse depuis toujours. On pense évidemment à l’illustration de André Castaigne en 1911 pour le roman Le fantôme de l’opéra de Gaston Leroux (3). Les mots fantôme et fantasme n’ont-ils pas la même racine phantasma ! Ainsi le passage de l’un à l’autre n’est jamais aussi tranché.
« J’ai voulu dilater la nuit, et y faire entrer sans cesse de plus en plus de rêves » Virginia Woolf
Dans le second espace, on se retrouve face à une immense habitation (pièce créée pour l’exposition). On se retrouve curieusement voyeur, seul dans la nuit à épier ce qui se passe dans la maison d’en face. Chaque dessin en représente une pièce, les décors sont cossus, les murs couverts de tableaux, les tapis moelleux épaississent le silence, les meubles riches et confortables accueillent les personnages d’apparence ravis de leur situation. La maison comme espace protecteur, sécurisant... voire oppressant. Le cinéma a fait place au théâtre. Chacun joue son rôle, rôle de naissance ou de composition. Tout parait joué d’avance, le statut définit la liberté d’être soi.
(3) Le fantôme de l’opéra de Gaston Leroux (ill A Castaigne 1910)
Quelques scènes explicites, la sexualité comme pulsion de vie, viennent élargir le champ des possibles, voire exploser le jeu préétabli, mettant à mal les valeurs protectrices et éducatrices du cocon familial souvent trop réductrices. Domination, oppression, frustration, morale ou simples jeux libérateurs ?... Elles nous ramènent au Théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud qu’il définissait lui-même comme devant être un lieu de confrontation, de choc et de révélation, où les spectateurs sont plongés au cœur de l’action et confrontés à leurs propres instincts et pulsions. La cruauté ne doit pas être comprise dans son sens habituel de violence gratuite, mais plutôt comme une force libératrice et transformatrice. Derrière « cruauté » il faut entendre « souffrance d'exister » et non une cruauté envers autrui.4
A l’étage, retour au cinéma. Des dessins cinématographiques plus anciens côtoient la vidéo de Jeanne Susplugas There’s no place like home. Une femme figée récite, sans émotion, inlassablement cette phrase. Mais qui cette mélopée lancinante déclamée sans conviction pourrait-elle convaincre ? La narratrice elle-même, les spectateurs ? Peut-on encore la croire ou n’est-elle que le fantôme de notre avenir ?
En cette époque trouble et très incertaine, l’atmosphère environnante parait bien asphyxiante, les relations virtuelles transformant le quotidien en artifices de survie. Résister, exister, se priver, profiter, s’interdire, jouir, ...
Pas de plaidoyers politiques, d’idéologie sexuelle. Juste, éclairer l’invisible. Maxime Parodi donne à ses dessins ce rôle semblable à la catharsis. La nuit, sa période du jour favorite pour travailler, déroule ses vengeances sous nos regards médusés en retardant l’heure de l’ultime solitude. Qu’importe le consensus, l’art cultive sa mission première de lutter contre l’obscurantisme.