Ben Vautier (1935-2024)

Archives, documentation
et catalogue raisonné

La maison de Ben et Annie Vautier, Saint-Pancrace, Nice

Ben Vautier, 2012
Ben Vautier, 2012
Photo © Eva Vautier

L’œuvre de Ben Vautier (Naples, 1935 – Nice, 2024) est l’une des plus abondantes et des plus libres de l’art de la seconde moitié du XXe siècle.

Tableaux-écritures, objets, gestes et performances, actions de rue, installations, textes, éditions, multiples : pendant plus de soixante ans, de Nice au monde entier, en passant par Fluxus et l’École de Nice, Ben a fait de tout un support et de chaque idée une œuvre.

Cette abondance fait la richesse de l’œuvre, et aussi sa fragilité : des œuvres en grand nombre, qui ont parcouru le monde, une abondance et une diversité qui rendent certaines attributions difficiles à vérifier sans une documentation précise, des dédicaces parfois présentées comme des œuvres. C’est à cette situation que répond le catalogue raisonné.

Qu’est-ce qu’un catalogue raisonné ?

Un catalogue raisonné est l’inventaire critique et documenté de l’ensemble des œuvres connues d’un artiste. Il ne s’agit pas simplement d’établir une liste d’œuvres, mais de reconstituer l’histoire de chacune d’elles. Chaque œuvre y fait l’objet d’une fiche qui réunit :

  • ses images : photographies du recto, du verso, de la signature et des détails ;
  • son identité : titre, date, technique, dimensions, signature et inscriptions au verso ;
  • son histoire : provenance et propriétaires successifs, expositions, publications, ventes, collections ;
  • les documents qui l’attestent : correspondances, factures, certificats, documents d’archives.

Des sources croisées

Ces fiches se construisent à partir de sources multiples, confrontées les unes aux autres : archives de l’artiste, catalogues d’exposition, publications, archives de galeries, collections publiques et privées, documents conservés par les collectionneurs et les institutions. Ce travail conduit à retrouver des œuvres peu documentées ou dont les informations sont incomplètes, à corriger des erreurs anciennes et à établir des liens entre différentes photographies, expositions et publications.

Une base de données vivante

Pour l’œuvre de Ben, le catalogue raisonné, entrepris par Eva Vautier en 2007, prend la forme d’une base de données documentaire qui met en relation toutes ces informations et fait apparaître les liens entre les œuvres, leur histoire et les sources qui les documentent. C’est un outil de recherche en constante évolution : chaque nouvelle photographie, chaque document retrouvé, chaque information communiquée par un collectionneur, une galerie ou une institution peut venir compléter ou préciser une fiche existante.

Suivre le marché, repérer les faux

Le catalogue raisonné s’accompagne d’un suivi des ventes aux enchères à travers le monde. Les œuvres qui apparaissent sur le marché sont identifiées et, lorsque c’est possible, confrontées aux archives. Ce suivi complète la provenance des œuvres et permet de repérer celles dont l’identification ou l’authenticité pose question : faux, œuvres attribuées à tort à Ben, simples dédicaces présentées comme des œuvres, reproductions réalisées sans autorisation.

Éva Vautier
Éva Vautier, 2026
Photo © Simone Simon

Portrait

Éva Vautier — Vingt ans auprès de Ben Vautier

Éva Vautier a grandi au cœur de l’École de Nice, du magasin de Ben et du mouvement Fluxus. Signée « sculpture vivante » par son père à l’âge de trois mois, elle a vécu dès l’enfance dans l’atelier, parmi les œuvres, les archives et les amis artistes de Ben. C’est de cette proximité qu’est née, bien plus tard, l’idée du catalogue raisonné.

Depuis le début des années 2000, Éva accompagne Ben dans l’organisation de ses grandes expositions. Mais au-delà de cet accompagnement et de cette implication dans la diffusion de son travail, ces vingt années ont surtout été consacrées à un travail de fond : la constitution du catalogue raisonné de Ben Vautier, qu’elle entreprend en 2007 et poursuit depuis sans interruption.

Vingt ans de recherches

Rien n’existait alors : ni inventaire, ni base, ni méthode. Éva a commencé par les archives de Ben lui-même, puis a élargi peu à peu ses recherches aux catalogues d’exposition, aux archives de galeries, aux collections publiques et privées. Elle a retrouvé des collectionneurs, des galeries, des institutions et des personnes ayant été en contact avec Ben et son œuvre, et rassemblé auprès d’eux photographies, documents et témoignages. C’est ce travail, mené année après année, qui est devenu la base de données documentaire présentée plus haut.

Ce travail se poursuit aujourd’hui avec la gestion des archives de l’artiste, que Ben lui a confiées de son vivant.

Veiller sur l’œuvre

Avec le temps, Éva est devenue l’interlocutrice à qui collectionneurs, maisons de vente et institutions s’adressent lorsqu’une œuvre de Ben apparaît sur le marché ou pose question. Cette vigilance de chaque jour, sur les ventes comme sur les attributions douteuses, participe à la protection de l’intégrité de l’œuvre et à la conservation de la mémoire de l’artiste.

Faire connaître, exposer, transmettre

Parallèlement à ce travail de documentation, Éva a pris une part grandissante dans l’organisation des grandes expositions de Ben. Depuis la rétrospective « Strip-tease intégral » au musée d’Art contemporain de Lyon en 2010, elle les a accompagnées une à une, jusqu’à en assurer la coordination générale : « Ben Vautier. Ist alles Kunst? » au Museum Tinguely de Bâle (2015-2016), « Tout est art ? » au musée Maillol à Paris (2016-2017), puis « La muerte no existe » au MUAC de Mexico (2022-2023), première exposition de Ben en Amérique latine.

En 2013, elle fonde la Galerie Eva Vautier à Nice, où elle tisse des liens entre les générations, de l’École de Nice et de Fluxus aux scènes actuelles, et d’où elle initie des expositions hors les murs en partenariat avec des institutions et des festivals. Elle participe également à la préparation d’éditions et contribue à de nombreux projets et événements autour de l’œuvre de Ben.

En juin 2024, Éva perd ses deux parents, Ben et Annie Vautier, à quelques heures d’intervalle. Elle poursuit depuis ce travail en tant que commissaire : « À bas l’impérialisme ! » à la Fondation du doute, à Blois (2025), première exposition consacrée à Ben depuis sa mort, puis « Les mots c’est la vie : Ben envahit la Cité » à la Cité internationale de la langue française, à Villers-Cotterêts (décembre 2026 – mai 2027).

Ces vingt années constituent ainsi une période de travail continu autour de l’œuvre de Ben : la faire connaître, l’exposer, la documenter, en préserver les archives, veiller à son intégrité et surtout en conserver la mémoire. Le catalogue raisonné demeure un projet vivant et évolutif, dont l’objectif est de retracer au plus près le parcours des œuvres de Ben Vautier, de documenter leur histoire, de contribuer à leur identification et de transmettre une documentation aussi complète et fiable que possible aux générations futures.

Institutions

Quelques lieux de référence pour découvrir et approfondir l’œuvre de Ben.

Contact

Toute personne souhaitant obtenir des renseignements sur une œuvre de Ben Vautier, vérifier des informations concernant une œuvre ou obtenir des éléments de documentation dans le cadre d’un projet d’acquisition, peut contacter Éva Vautier, qui pourra effectuer les recherches nécessaires dans la base documentaire et les archives disponibles.

Contact

eva.vautier@gmail.com

Galerie Eva Vautier — 2 rue Vernier, 06000 Nice