MECHANICAL STRESS

Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Florian PUGNAIRE
Exposition “Mechanical Stress” Galerie Eva Vautier 2016

À l’occasion de sa première exposition personnelle chez Eva Vautier, Florian Pu- gnaire présente une dizaine de sculptures inédites ainsi qu’Agôn, vidéo réalisée en 2016. Diplômé en 2006 de la Villa Arson (Nice), Florian Pugnaire a ensuite poursuivi ses études au Fresnoy (Tourcoing). En parallèle de sa pratique person- nelle, il travaille en duo avec David Raffini depuis 2008. Il est résident de La Sta- tion (Nice) depuis 2010.

Des allers-retours constants entre sculpture, cinéma et vidéo constituent les prin- cipes fondamentaux de sa pratique : les médiums s’y croisent, s’interrogent et se répondent autour de la notion de work in progress. Convoquant les univers de l’atelier et du chantier, Florian Pugnaire s’intéresse aux opérations constitutives de la fabrication.

Utilisant des matériaux traditionnellement employés dans la construction (plaques de plâtre, tôle, plomb), il s’intéresse à leurs propriétés physiques, leur résilience, leur rémanence… que l’on mesure grâce à la contrainte mécanique, ou mecha- nical stress. Cette notion, utilisée en sciences des matériaux, évalue la capacité élastique et plastique d’un élément à absorber des effets de torsion, de tension ou de pression. Florian Pugnaire s’appuie sur certaines spécificités – la souplesse du plomb, la résistance du métal, la fragilité des plaques de plâtre – auxquelles il impose une force de travail pouvant parfois mener les matériaux jusqu’à leur point de rupture. Pour cela, l’artiste fait appel à des outils mécaniques comme des sangles, des treuils, des palans et des vérins hydrauliques qui font parfois partie intégrante de l’œuvre. Cet outillage est détourné de son application ordinaire pour opérer des contraintes et des déformations, créant un vocabulaire plastique dont l’esthétique industrielle, ici tourmentée, tend vers l’effondrement, la ruine, la dégradation…

Les œuvres de Florian Pugnaire seraient des vestiges du combat qu’il mène avec la matière, car il considère l’atelier comme le lieu où il s’exerce à la bataille de l’art : il y affronte les éléments dans une lutte où chaque round éprouve leurs capacités physiques respectives. Son approche de la sculpture est donc fondamentalement définie par une dimension performative, caractérisée par l’action et l’implication du corps. En cela ses sculptures sont des œuvres haptiques : le toucher et la per- ception de soi dans l’environnement sont au centre de son processus. Si dans sa pratique en duo avec David Raffini, il explore le champ sculptural via des installa- tions monumentales ou des « œuvres-événements », il produit individuellement des œuvres à échelle plus humaine. La question du processus est toutefois au centre de ces deux pratiques, que nous pourrions nommer action-sculpture : tout comme dans l’action-painting, le geste est ici plus important que le résultat. (…)

Dès sa troisième année d’études à la Villa Arson, Florian Pugnaire a documenté ses gestes sous forme de films. Tout d’abord pensées comme des archives, ces vidéos se sont rapidement affranchies de ce statut pour devenir des œuvres à part entière. Les problématiques qu’il aborde dans ses vidéos sont les mêmes qu’en sculpture : il y interroge les procédés de fabrication de l’œuvre en mettant

en scène des contraintes, des transformations, des destructions…
On y retrouve une esthétique du chantier et de l’atelier ainsi qu’un même vocabulaire plastique (le métal, le plâtre, les palans, les sangles…). Mais, en dévoilant la phase proces- suelle dans la durée et non plus seulement dans l’espace, Florian Pugnaire la transforme en une expérience fictionnelle. Ici, la narrativité de l’œuvre ne repose pas seulement sur l’entropie de la matière et sur le geste car l’image en mouvement induit une temporalité per se. Souvent accompagnées d’installations issues du décor du film, ses vidéos ques- tionnent de manière complexe le temps créatif en le distordant : analepses et prolepses se chevauchent, brouillant la linéarité du récit ; le travail se renouvelle continuellement entre construction, destruction et reconstitution. S’il s’attache dans ses premières œuvres vidéos à archiver l’activation d’une sculpture processuelle, Florian Pugnaire autonomise rapidement le geste pour produire des mouvements semblant induits par le processus lui- même, sans intervention humaine.
Se déroulant dans des espaces indéterminés, entre la friche, l’atelier et le white cube, ses vidéos déroulent le geste processuel pour créer des réactions en chaîne : le décor s’auto- détruit et les matériaux deviennent acteurs de catastrophes pyrotechniques et méca- niques spectaculaires. Et lorsque le corps revient en jeu, comme dans Stunt Lab (2009) ou Agôn (2016), il semble subir cette même force extraordinaire : les gestes sont destructeurs ; les organismes sont aussi maltraités que les matériaux qui les entourent.

Extraits d’un texte de Pauline Thyss écrit pour l’exposition Mechanical Stress, 2016

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1 Claire Moulène, dans l’article Action Sculpture paru dans Code 2.0 à l’automne 2010, définit ainsi la pratique de Florian Pugnaire et David Raffini.