Simone Simon

Photographe de métier, Simone Simon développe depuis quinze ans une pratique artistique mêlant prises de vue, vidéos, enregistrements sonores et témoignages écrits. Chacun de ses projets est construit de façon pragmatique, pour rendre une réalité brute, souvent poétique. Ancrée dans une démarche sociale, elle cherche dans les sujets qu’elle capte un témoignage vivant, où l’absence et le temps pèsent tantôt comme une menace, tantôt comme un espoir.

 

Ainsi, le temps semble s’être arrêté lorsqu’elle photographie des quartiers industriels et des infrastructures désaffectées dans plusieurs villes européennes, donnant à la lumière le premier rôle (Souriez, on se détruit, Ainsi va la lumière). Avec Les portes du St Pierre (éd. Le Passager Clandestin), elle va à la rencontre de femmes dans une banlieue de Nice alors que leur immeuble insalubre, déjà à moitié abandonné, s’apprête à être détruit.

 

Invoquant les souvenirs enfouis de l’enfance, berceau des premières émotions, elle rassemble des témoignages audio, à la limite du rêve (Ne regardez pas le renard passer). Avec Nostalgie du présent, clin d’œil à l’univers de Paul Auster, elle met en vis-à-vis des visages d’enfants et d’adultes : « Tout est déjà inscrit dans un visage d’enfant »*, constate-t-elle et les doubles portraits qu’elle propose font surgir de façon troublante l’étonnante ressemblance d’un visage que le temps ne peut dénaturer.

 

Souvent, Simone Simon s’appuie sur la participation d’anonymes (Sur le passage de quelques personnes à travers…) et quelle que soit la problématique posée, les images, récits et témoignages parlent un langage commun à tous. L’artiste met en relief des images mentales, des convictions, des regrets ou des rêves, en prenant le temps d’écouter, avec la volonté forte de ne rien mettre en scène, mais simplement de saisir une réalité subjective dans laquelle chacun peut retrouver un peu de soi et de son rapport aux autres. C’est également sa démarche lorsqu’elle réalise avec Eric Antolinos le film, Boxing-club, tourné dans un club de boxe de la banlieue niçoise. Là, elle laisse la parole libre et s’attarde sur les gestes sportifs et sur les attitudes qui fabriquent le lien entre ces habitants de toutes les générations et de communautés confondues.

 

Dans son travail actuel de photographies et de témoignages, Le vent se lève, elle réunit une trentaine de témoignages de femmes dans le rapport souvent heurté qu’elles entretiennent avec leur corps. Posant nues dans un cadre qui leur est intime, ces femmes anonymes affirment leur volonté de liberté : elles s’élèvent contre les diktats culturels et les codes esthétiques, souvent aliénants.

 

Sans jamais verser dans le pathos, ni revendiquer un quelconque militantisme, elle évoque pourtant comment les vies des gens sont touchées par les décisions politiques de tous ordres. Bienveillance et lenteur fabriquent cette poésie si particulière, où le temps semble suspendu.

 

* Paul Auster in, L’invention de la solitude, éd. Actes Sud, 1993

 


 

SIMONE… SIMON…

En ce début d’après-midi qui annonce une Côte que nous aimons tant et que nous retrouvons enfin, après ces quelques mois de barbarie, cette Côte si joliment nommée par Stephen Liégeard, d’azur, je regarde, interlope, ce visage -celui de Simone Simon- alors que nous sommes tous les deux assis, côte à côte, sur le canapé en skaï orange de mon bureau. Pour tout dire, c’est elle qui se tourne vers moi et me regarde. Ses épaules étroites, tout son buste, ses jambes l’une contre l’autre avec ses mains posées délicatement dessus, tout son corps se fixe comme « objectif » de me regarder et pas seulement. Elle me voit. Sait-elle qu’intérieurement, je m’amuse de ce nom qui transpire d’ambiguïté ? Je m’interroge doublement. Qui est cette femme ?

 

Nous nous sommes donné rendez-vous pour que j’écrive un texte sur elle, sur son travail.

 

Comme tout le monde, je la croise régulièrement lors de vernissages. Nous nous saluons et conversons des œuvres exposées, des artistes, de tout, de rien. Finalement, je me rends compte qu’elle est une inconnue pour moi.

 

Elle est venue avec une poche de plastique contenant un book. Et, comme s’il était inutile, m’en montre le contenu rapidement, tournant les pages avec une certaine gêne, presque pressée de se débarrasser de cette formalité qui, moi aussi, m’embarrasse. Je déteste ces moments. Très vite son sourire prend le dessus. Elle me parle… des autres.

 

Ce que je connais le mieux d’elle ? Ce sont quelques photographies aperçues à la galerie d’Eva Vautier. Des photographies rigoureuses qui, sur le moment m’ont semblées distancées, presque froides, des photographies d’architectures prises dans des pays de l’Est, je crois. Des photographies de petit format aux prix modestes qui m’ont convaincu, sans que je sache vraiment pourquoi. Elle me parle de ce travail. Je suis absent, je ne l’écoute qu’à peine, je la regarde et, à mon tour, je la vois.

 

Je comprends maintenant. Ce que j’avais identifié comme de la distance un peu froide, n’est qu’honnêteté, sincérité, pudeur et… interdits.

 

Elle s’interdit toute forme de corruption, elle qui travailla un temps pour la presse de mode. Elle s’interdit toute ambition égocentrique, elle qui aujourd’hui n’ose se dire artiste. Elle s’interdit toute forme de grandiloquence, elle qui se consacre au seul plaisir de photographier. Elle s’interdit de parler d’elle, elle qui ne cesse de s’intéresser aux autres.

 

Cette honnêteté, cette sincérité, cette pudeur sont véritablement le matériau avec lequel elle œuvre, en plus, bien évidemment, de son appareil photographique.

 

Si je ne devais citer qu’un travail, ou plutôt qu’un projet, puisque c’est ainsi qu’elle considère sa manière d’opérer, ce serait certainement celui réalisé à Nice en 2007/2008 Les Portes Du Saint-Pierre. Un projet, des rencontres, des témoignages, des paroles de femmes sur leur cité où elle a, avec une étonnante acuité et une justesse remarquable, non seulement témoigné du quotidien des femmes de cette banlieue mais véritablement fait œuvre. Comme à chaque fois, ce projet a fait l’objet d’une publication, d’une modestie trompeuse.

 

Comme dans Boxing Club, un court métrage réalisé plus tôt en 2006 ou bien encore dans le projet Ne regardez pas le renard passer, celui qui l’occupe aujourd’hui et qu’elle me présente avec un enthousiasme réfléchi. C’est l’humain qui est au cœur de ses préoccupations parfois jusqu’à l’absence comme sur ces photographies repérées chez Eva Vautier.

A la fin de notre entretien et alors que la lumière s’atténue doucement, je raccompagne jusqu’au portail cette petite silhouette, si lumineuse en cette fin d’après-midi. Comme le temps peut passer vite. J’en ai oublié Simon… et n’ose lui dire que je la trouve magnifique, que son travail me touche et que j’aurais tant de plaisir à écrire quelques mots sur Simone.

 

Yves Peltier

 

Vit à Nice

 


 

 

EXPOSITIONS PERSONNELLES

 

2019

CORPS / VOIX Territoires de l’intime
Curratrice Chiara Palermo
Vernissage vendredi 27 septembre 2019 à partir de 18h
Avec Présentation et signature du livre NU, Simone Simon, préface de David Le Breton, texte de Chiara Palermo
Galerie Eva Vautier, Nice

 

 

2016

Ne regardez pas le renard passer
Installation sonore
Supervues, petite surface de l’art contemporain
35 chambres, 35 artistes
Hôtel Burrhus, Vaison-la-Romaine

 

 

2015 

Paroles
Diaporama de 7 minutes
En collaboration avec les femmes et les enfants résidants du CHRS, Les Yuccas

 

 

2014

Ainsi Va La Lumière

Artiste invité : Joseph Dadoune

Galerie Eva Vautier, Nice

 

 

2011

Souriez, On Se Détruit, Maison Abandonnée

La Villa Caméline, Nice

 

 

2009

Les Portes Du Saint Pierre

Hôtel de Chartrouse, Rencontres de la Photoraphie, Arles

Les Portes Du Saint Pierre

Galerie Depardieu, Nice

 

 

2006

Nostalgie Du Présent, FNAC

Monaco Nostalgie Du Présent

La Station, Nice

 

 

2002

Sur Le Passage De Quelques Personnes À Travers

DOJO, Nice

 

 

EXPOSITIONS COLLECTIVES

 

2020

1 mètre de distance
Exposition collective avec Benoît Barbagli et Aimée Fleury, Tom Barbagli, Arnaud Biais, Evan Bourgeau, Pauline Brun, Anna Byskov, Marc Chevalier, Joseph Dadoune, Nicolas Daubanes, Kristof Everart, Anne Favret et Patrick Manez, Forstner Gregory, Camille Franch-Guerra, Jacqueline Gainon, Marie Genin, Anne Gérard, Alexandra Guillot, Alice Guittard, Laurie Jacquetty, Sandra Lecoq, Gilles Miquelis, Frédérique Nalbandian, Gérald Panighi, François Paris, Charlotte Pringuey-Cessac, Caroline Rivalan, Omar Rodriguez Sanmartin, Justin Sanchez, Simone Simon, Cedric Teisseire, Florent Testa, Ben Vautier, Agnès Vitani, Agathe Wiesner, Anne-Laure Wuillai et Junko Yamasaki.
Galerie Eva Vautier, Nice

 

 

2019

Cabinet pique-nique, femmes artistes
Installation vidéo Voyage immobile
Avec Olga Adorno, Brigitte Cardinal, Catherine Cattaneo, Caroline Challan-Belval, Elena Ferrer, Jacqueline Gainon, Alexandra Guillot, yayoi Gunji, Yoko Gunji, Corinna Kiefer, Jeanne Le Guff, Louise Luc Kheloui, Stéphanie Marin, Evelyne Noviant, Jackie Monnier Matisse, Lola Parrot, Marinella Senatore, Franka Séverin, Simone Simon, Anna Tomaszewski Maison abandonnée (Villa Cameline), Nice

 

 

2017

Ne regardez pas le renard passer
Installation sonore
Avec Gilles Miquelis, Vivre à en crever
Galerie Eva Vautier, Nice Dans le cadre de l’exposition, Souvenir, réalité ou fiction ?, débat mené par Chiara Palermo (commissaire d’exposition, docteur en philosophie) et Jean-Pierre Joly (psychiatre, psychanalyste)

 

 

2016 

Tribu
Avec Mathieu Alary, Pauline Brun, Joseph Dadoune, Sandra D. Lecoq, Kristof Everart, Gregory Forstner, Jacqueline Gainon, Anita Gauran, Alice Guittard, Philippe Jusforgues, Virginie Le Touze, Natacha Lesueur, Cécile Mainardi, Gilles Miquelis, Frédérique Nalbandian, Gérald Panighi, François Paris, Charlotte Pringuey-Cessac, Simone Simon, Ben Vautier, Agnès Vitani

 

 

2015

Il était une fois… Une exposition de Jean Dupuy et de ses amis : Catherine Cattaneo & Gilbert Caty, Jean Dupuy, Philippe Boulard & Jean-Baptiste Gurly, Jean-Luc Parant, Thierry Lagalla, Simone Simon…Hôtel Burrhus, Vaison-la-Romaine

À Une Année Lumière, Galerie Eva Vautier, Nice

 

 

2014

Mise En Scène, UMAM, Château de Grimaldi, Cagnes sur Mer 2013

Se Dérober, Musée de la Photographie André Villers, Mougins

 

 

2012-2013

L’Art À L’Abattoir, le 109, Nice

 

 

2011

J’aime les femmes et je le prouve

Espace À Débattre, BEN, Nice

 

 

COLLECTION PUBLIQUES ET PRIVEES

 

2014

La Manga Del Mar (MURCIA), photographie N/B (1/5 tirages numériques), série Ainsi Va La Lumière, collection privée

Ambleteuse et Wimereux 2 photographies (EA), série Ainsi Va La Lumière, collection privée

 

2013

Nu Sans Tête, photographie N/B (1/5 tirages numériques), Musée de la Photographie, Mougins

 

2012-2013

L’Art À L’Abattoir, vidéo co/réalisé avec Eric Antolinos Archivée à la médiathèque du MAMAC, Nice

Cabines de Bains BERG, photographie (1/5 tirages numériques), collection privée 2012 Sans Titre, photographie (1/5 tirages numériques), édition Les Portes Du Saint Pierre

 

2011

One, photographie (1/7 tirages numériques), série Nieuwpoort, collection privée

One, photographie (2/7 tirages numériques), série Nieuwpoort, collection privée Bleu 2, photographie (1/7 tirages numériques), série Nieuwpoort, collection privée Charleroi Tuyaux, photographie (1/7 tirages numériques), collection privée

 

2010

Charleroi Box, digigraphie (1/5 tirages numériques), collection privée
Charleroi Metro 1, digigraphie (1/5 tirages numériques), collection privée
Wimereux, photographie (1 et 2/ 5 tirages numériques), série Voyage En Diagonale 2002003, collection privée

 

2009

Les portes Du Saint Pierre, Paroles De Femmes Dans Leur Cité, livre de photographies aux éditions Le Passager Clandestin

Archivé au Musée National de l’Histoire de l’Immigration, Paris

 

2008

Boxing Club, Vidéo-documentaire archivée au Musée National de l’Histoire de l’Immigration, Paris

 

 

PUBLICATIONS

 

2009

Les Portes Du Saint Pierre, Éditions Le Passage Clandestin, Paris 2006 Nostalgie Du Présent, Éditions e-dite, Paris

 

 

 

FILMOGRAPHIE

 

2014

Voie Ferrée, Alicante, Exposition Ainsi Va La Lumière, Galerie Eva vautier, Nice Blockhaus, Wissant, Exposition Ainsi Va La Lumière, Galerie Eva vautier, Nice

 

2014

Château En Espagne, Alicante, Exposition Mise En Scène, Château Grimaldi, Cagnes sur Mer

 

2008

Boxing Club, Festival Cannes, Short Film Corner,

 

2007

Boxing Club, Un Festival C’est Trop Court, Cinéma Rialto, Nice

 

 

2014

Ainsi Va La Lumière, Galerie Eva Vautier, Émission FR3, Nice

 

2009

Les Portes Du Saint Pierre, Émission Escale Festival, Rencontres Internationales de la

Photographie à Arles, Radio France Inter (juillet 2009)
Les Portes Du Saint Pierre, Article dans le Journal Le Monde 2 (septembre 2009)
La Parole aux Sans-Voix, article dans le Journal El Watan (Décembre 2009)

 

2002

Sur Le Passage De Quelques Personnes À Travers, Exposition personnelle, DOJO, Nice

émission FR3
Article Nice Matin (janvier 2002)

 

 

AIDES, PRIX

 

2009

Les Portes Du Saint Pierre,
Aide financière du Conseil Général

Aide à l’exposition, Ville de Nice

 

2008

Boxing Club, Vidéo-Documentaire

 

 

 

CURSUS

 

1975-1978

Assistante Photo, Paul Genest, Plateau Sud, Rungis 1978-2002 Photographe

 

2002-2015

Photographe et vidéaste

 

 

5254 Cité de Murcia, zone résidentielle Nueva Condomina 2013 - copie
LANDSCAPE 006
Grau du roi
Simone Simon n° 5251 [Ambleteuse Nord-Pas-de-Calais ] 2006 Tirage sur papier fine art by hahnemhle.Tirage 25 130 X 103 cm
Simone Simon, Ne regardez pas le renard passer, 2016
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Ainsi va la lumière - Simone Simon

Site personnel :

www.simonesimon.com