ORLAN

Extrait du Dictionnaire universel des créatrices © 2013 Des femmes – Antoinette Fouque
Hugues Marchal

 

Emblématique de l’intérêt que les artistes contemporains ont porté à la performance et aux possibilités d’utiliser leur corps comme médium de création, ORLAN se singularise par ses pratiques multiples. Interrogeant les représentations de l’art, des genres, de la sexualité et du sujet, cette artiste à l’envergure internationale n’a cessé de mettre en jeu son apparence et son identité pour se réinventer au fil d’un travail continu de « sculpture de soi ».

 

Formée au conservatoire d’art dramatique et à l’école des beaux-arts (actuelle ESADSE) de Saint-Étienne, elle s’illustre dès l’âge de 17 ans dans des performances, où elle cite des œuvres classiques qu’elle rejoue lors de tableaux vivants. Dans Étude documentaire : le drapé, le baroque (1974 – 1984), ensemble mêlant performances, photographies et sculpture, et revenant sur l’iconographie judéo-chrétienne et le baroque, les draps de son trousseau, détournés de leur vocation matrimoniale, deviennent le support d’œuvres provocatrices.

 

En 1977, elle investit la Fiac (Foire Internationale d’Art Contemporain) de Paris avec Le Baiser de l’artiste (Frac des Pays de la Loire). Assise derrière une photographie de son buste nu, elle vend des baisers aux visiteurs ou les invite à offrir un cierge à son image en madone. L’installation, qui superpose femme sacrée – sainte ORLAN – et femme objet – ORLAN-corps –, fait scandale et lui vaut d’être renvoyée de son poste d’éducatrice. Dès cette première époque, sa création avance en revisitant ses propres œuvres ; une majorité de ses performances et des pièces qui en dérivent entrent dans des séries au long cours.

 

D’autres travaux ponctuels gardent un statut individuel, comme sa parodie de L’Origine du monde de Gustave Courbet devenue L’Origine de la guerre (1989) montrant en gros plan le bas-ventre d’un homme en érection, et ORLAN joue un rôle pionnier dans l’emploi artistique de la télématique, via le Minitel. Dans les années 1990, s’assurant le concours de médecins, elle entame une série d’« opérations – chirurgicales – performances ». Elle transforme le bloc opératoire en un atelier, où son corps est opéré et modifié sous sa direction. Certaines interventions chirurgicales sont filmées et retransmises en direct par satellite dans de hauts lieux d’art (Omniprésence, 1993). Si le processus, du projet au résultat, constitue une œuvre à part entière, les interventions donnent aussi lieu à des vidéos, à des photographies, à des dessins et à d’autres pièces recyclant les matières corporelles issues de la chirurgie. 

 

L’artiste associe ces performances à la lecture d’essais de philosophes, tel Michel Serres, et elle écrit son Manifeste de « L’Art Charnel » (1992) qui explique les enjeux de son travail. 

 

Détournement critique de la chirurgie esthétique, démonstration de la nouvelle plasticité de la chair, qui permet au sujet contemporain de se faire l’auteur de son propre corps, mise en question des codes de beauté et de leur violence : son projet se distingue de l’art corporel (body art), en refusant la douleur et fait de son corps un « lieu de débat public ». Dans Reconfigurations-Self-Hybridations (à partir de 1998), elle utilise les technologies numériques de traitement de l’image pour mêler son propre visage à des œuvres représentant des canons corporels et artistiques empruntés à l’art précolombien, à la sculpture africaine, aux peintures d’Indiens de l’Américain George Catlin (1796 – 1872) et à l’art chinois. Ces portraits hybrides estompent les distinctions individuelles, sexuelles, temporelles, ethniques, religieuses ou artistiques, pour créer autant de figures mutantes. Parallèlement, elle poursuit son exploration de l’impact des biotechnologies.

 

En 2007, son installation Le Manteau d’Arlequin mêle projections vidéo, boîtes de Pétri et bioréacteur permettant la culture in vitrode ses propres cellules combinées avec celles d’autres souches humaines et animales. Patchwork, collaboration et reprise gouvernent également la création d’œuvres-vêtements, quand elle collabore avec des créateurs de mode pour exposer des habits recyclant sa garde-robe. Cette logique de recombinaison se poursuit quand elle investit l’abbaye de Maubuisson avec son exposition Unions mixtes, mariages libres et noces barbares (2009). Le parcours réfléchi et complexe de cette artiste hors normes, qui mêle intensément art, vie et interrogations sociopolitiques, s’est toujours déroulé dans un dialogue étroit avec le public et se moque allègrement du consensus.

Distinctions (selection)

 

2021 ORLAN écrit son autobiographie « ORLAN, STRIP-TEASE : TOUT SUR MA VIE, TOUT SUR MON ART » publiée aux éditions Gallimard et reçoit le Prix François Morellet pour cette autobiographie.

2020 ORLAN est honorée de la médaille de l’ordre national de la Légion d’honneur au rang de Chevalière, médaille remise en 2021 par Madame la Ministre de la Culture Roselyne Bachelot-Narquin.

2019 ORLAN est honorée du prix spécial de la Femme de l’année, donné par le Prince Albert II de Monaco.

2017 ORLAN a été récompensée par le prix de l’Excellence féminine pour toute son œuvre d’artiste par le Ministère des Affaires étrangères italien.

2016 ORLAN a reçu le prix de l’E-réputation désignant l’artiste la plus observée et commentée sur le web.

2010 ORLAN fut honorée par la médaille de Chevalier de l’ordre national du Mérite par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand.

2007 à l’occasion de sa rétrospective au Musée d’Art moderne de Saint- Étienne, ORLAN reçoit La Médaille d’Or de Saint-Étienne ainsi que la Médaille de Bronze de Sainte-Étienne Métropole, sa ville natale.

2003 ORLAN a été élevée au rang de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres par le ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon.

 

BIBLIOGRPAHIE (selection)

 

2021 ORLAN, STRIP-TEASE : TOUT SUR MA VIE, TOUT SUR MON ART, 

ORLAN , Gallimard, Collection «Témoins de l’art», Paris

2018 ORLAN avant ORLAN, Ceysson B., Chauvel-Lévy L., Hill E., 

Ceysson éditions d’Art  

ORLAN-oïde robot hybride avec intelligence artificielle et collective, Devilliers, Kyrou Ariel, ORLAN, Martin V., Éditions Lienart

2017 ORLAN EN CAPITALES, Neutres J., Rice S., Franck T., Monterosso J.-L., Éditions SKIRA

2016 ORLAN TechnoBody Retrospective, 1966-2016, Park Moon Soon, Soukyoun L., Jinsang Y., Grau D., Piguet P., Prieto I., Quaranta D., Éditions Scala

 

Expositions personnelles (sélection)

 

2021 ORLAN in The Sammlung Verbund Collection, Vertical Gallery, Vienne, Autriche

ORLANoïde 2.0, commissaire d’exposition : Cian Walsh, Science Gallery, Dublin, Irlande

2020 ORLAN, Institute Gallery, Beyrouth, Liban

2019 ORLAN SAINTE-ORLAN, Galerie Ceysson & Bénétière, New York, Etats-Unis

Pétition contre la mort, commissaire d’exposition : Richard Martel, 

Le Lieu, Québec, Canada 

Femme avec tête(s), commissaire d’exposition : Yann Toma Paris, Sorbonne Art Gallery, Paris

Projection Apparition et Gloide de Sainte ORLAN, L’hybride Lille, Lille

2018 ORLAN AVANT ORLAN, Ceysson & Bénétière, Paris

Ex Teresa Arte Actual, Andrea Valencia, Mexico, Mexique

Vertical Gallery, Daniela Hahn, Vienne, Autriche

2017 VideORLAN – Technobody, commissaire d’exposition : Alessandra Mammì, 

Museo d’Arte Contemporanea Roma, Rome, Italie

ORLAN EN CAPITALES, commissaire d’exposition : Jérôme Neutres, 

Maison Européenne de la photographie, Paris

2016 ORLAN TODAY, commissaire d’exposition : Sylvia Froux, 

FRAC Basse-Normandie, Caen

ORLAN-Techno-Body Retrospective, commissaire d’exposition : Soukyoun Lee, 

Sungkok Art Museum, Séoul, Corée du Sud

2015 Temps variable et baiser de méduses, commissaire d’exposition : Carme Sais, 

Bòlit Centre d’Art Contemporani, Gérone, Espagne

Terapia dell’Ibrido, commissaire d’exposition : Sabrina Zannier, Castello di Susans, Majano, Italie

Octobre rose, Projection sur la Tour Horizon de Jean Nouvel, commissaire d’exposition : Gilles Drouault, Paris

ORLAN, Strip-tease des cellules jusqu’à l’os, commissaire d’exposition : Emmanuel Cuisinier, Centre des arts, Enghien-les-bains

Temps variable et baiser de méduses, commissaire d’exposition : Jackie-Ruth Meyer, Centre d’art LE LAIT, Albi

2014 Pekin Opera facing design and augmented reality, Galerie Michel Rein, Paris

Self-hybridations artworks with Mask of the Pekin’s Opera, commissaire d’exposition: Jooyoung Sung, Galerie Sejul, Seoul, Corée du Sud

L’origine de la guerre, commissaire d’exposition: Syvie Zavatta, 

FRAC Franche-comté, Besançon

Hysteria (Salon Hystérique), commissaire d’exposition : Gabriella Daris, Blacks, Londres, Royaume-Uni

ORLAN: The icon of the French contemporary art, Guest artist of «Riga, European City of Culture», commissaire d’exposition : 

Inese Baranovska, Museum of Decorative Arts and Design, Riga, Lettonie

2013 Men sana in corporel…, commissaire d’exposition : Pierre-Olivier Rollin, B.P.S.22, Hôpital Notre-Dame à la Rose, Lessines, Belgique

2012 Hybridization and Refiguration, commissaire d’exposition : Ricardo Arcos-Palma, 

Museo de Arte Moderno de Bogota, Bogota, Colombie

Carnal Art and Obsolet Body, commissaire d’exposition : Ricardo Arcos-Palma, 

Museo de Antioquia, Medellin, Colombie

Pictures and objects from the MesuRages, commissaire d’exposition : Bart de Baere, M HKA – Museum van Hedendaagse Kunst Antwerpen, Anvers, Belgique

The Factory Direct, commissaire d’exposition : Eric Shiner, 

The Andy Warhol Museum, Pittsburgh, Etats-Unis

2011 Un boeuf sur la langue, commissaire d’exposition : Blandine Chavanne, Musée des Beaux-Arts de Nantes

2010 Bodies, Technology, Fashion, commissaire d’exposition : Daniel J.Veneciano, Lincoln, Etats-Unis

ORLAN Remix, Est-ce que vous êtes Belges ? Ou les draps-peaux hybrids, commissaire d’exposition : Johan Muyle, Project Room | La Cambre | Ecole Supérieure des Arts Visuels, Bruxelles, Belgique

2009 Unions Mixtes, Mariages Libres et Noces Barbares, commissaire d’exposition : Caroline Coll Seror, Abbaye de Maubuisson

Self-Hybridations, commissaire d’exposition : Annick Notter, 

Musée du Nouveau Monde de La Rochelle, La Rochelle

2008 Self hybridation, American-Indians, galerie Michel Rein

2007 Le récit, Musée d’art Moderne de Saint-Etienne

2005 Eléments favoris n°4, Artothèque de la Réunion, La Réunion

Pièce lumineuse (en collaboration avec Philippe Chiambaretta), Palais de Tokyo, Paris

2004 Méthodes de l’artiste, 1964-2004, retrospective, Centre National de la Photographie, Pari

ORLAN 04/04/04, Centre de Création Contemporaine, Tours, France

2003 Tricéphale, galerie Michel Rein, Paris, France

2002 Eléments favoris, retrospective, FRAC des Pays-de-la-Loire, Carquefou, Nantes, France

2001 ORLAN 1964-2001, ARTIUM Centro-Museo Vasco de Arte Contemporáneo, Vitoria-Gasteiz, Espagne

2000 Ceci est mon corps…ceci est mon logiciel, Bregenzer Kunstverein, Magazin 4, Autriche

ORLAN, avec ses oeuvres engagées et politiques, interroge sur le statut de la femme dans la société contemporaine. Elle n’est pas assujettie à un matériau, à une technologie ou à une pratique artistique. Elle utilise la sculpture, la photographie, la performance, la vidéo, la 3D, les jeux vidéo, la réalité augmentée, l’intelligence artificielle et la robotique (elle a créé un robot à son image qui parle avec sa voix) ainsi que les techniques scientifiques et médicales comme la chirurgie et les biotechnologies… pour interroger les phénomènes de société de notre époque).

Parmi ses oeuvres majeures, on compte le Baiser de l’artiste, qu’elle présente à la FIAC, en 1977 ou encore L’Origine de la guerre en 1989, reprenant L’Origine du monde de Gustave Courbet. Dans les années 1990, elle démarre une série d’opérations-chirurgicales-performances qu’elle met en scène.

À partir de 1998, elle crée les premières Self-Hybridations, utilisant les technologies numériques pour mixer son portrait avec celui de Précolombiennes, d’Amérindiennes, d’Africaines, ou encore des masques de l’Opéra de Pékin et des Self-Hybridations sur commande telle que celle d’Agatha Ruiz de la Prada.

Les œuvres de la série Les femmes qui pleurent sont en colère sont inspirées des portraits de Picasso peignant sa compagne de l’époque, Dora Maar, en train de pleurer.

Dans cette série, ORLAN hybride des fragments de son visage aux portraits de Dora Maar.