Florian Pugnaire

florien

 

 

Florian Pugnaire porte une attention particulière à la notion d’atelier comme lieu de la pratique, mais aussi comme lieu de fiction, un entre-deux où la finalité du travail n’est pas encore définie et où tout peut encore être inventé ou modifié. À travers une pratique personnelle ou collaborative (avec David Raffini), il manifeste un intérêt pour le processus de fabrication et de création, et situe son travail dans un espace intermédiaire entre l’atelier et le lieu de l’exposition.

 

Il travaille sur le matériau, le temps et l’espace contenu dans l’acte de création. En cela, il rejoint Robert Morris, qui – en rejet avec la pensée greenbergienne – refusait en 1970 de voir l’œuvre comme un objet atemporel, achevé, et dont on ferait une expérience uniquement optique : « Je pense que, dans le passé (…), de tels efforts [le processus de création – ndlr] ont été considérés comme une suite non-systématisée de faits techniques, anecdotiques ou biographiques, sans rapport avec la véritable « œuvre », plaquée comme un dépôt intemporel et gelé sur le papier tue-mouches de la culture. 1 »

 

Au travers d’un champ de références culturelles tournant autour des arts martiaux (L.E.W.Q , Shadow Boxing, Stunt Lab), de l’automobile (Dyane +, Expanded Crash) et de l’univers du chantier, (In Fine, Meurtrières), Florian Pugnaire produit des allers-retours constants entre sculpture et vidéo : « Ces raccords entre film et sculpture puis entre sculpture et récit, faisant intervenir le facteur temps et convoquant l’image, constituent les données essentielles des travaux personnels de Florian Pugnaire (le récent Stunt Lab, film de combat choérégraphiant la destruction d’un décor, projeté avec à ses côtés la compression de ce dernier, offre un exemple très immédiat de ces combinaisons. 2 »

 

Pauline Thyss

Florian Pugnaire est né en 1980,
Vit et travaille à Nice et Paris.

 


 

 

Expositions personnelles

 

2019

Fahrenheit 134, Galerie Ceysson & Bénétière, Paris

 

2018

Show Me, L’étrangère, Londres
Ressac, Le Portique, Le Havre
Artbrussels, solo Pugnaire et Raffini, Galerie Ceysson et Benetiere

 

2016
Mechanical Stress, Galerie Eva Vautier, Nice
Show me, Galerie Torri, Paris
Florian Pugnaire & David Raffini, Prix Ricard

 

2015
Florian Pugnaire et David Raffini, Centre Georges Pompidou, Paris

 

2014
Le coefficient de Poisson, Le Patio, La Maison Rouge, Paris *

 

2013
Chjami rispondi, Galerie Torri, Paris *
Energie Sombre, Musée Picasso, Antibes *
Matières temps, Centre d’art contemporain Les églises, Chelles *
Fondre Battre Briser, Centre d’art Le Pavillon Blanc, Colombiers *

 

2012
III, Centre culturel Una Volta, Bastia *

 

2011
Amnesia, Espace contemporain Domaine Orenga, Patrimonio
Glissements, Le Dojo, Nice *
Paris – Berlin 2011, Galerie Carlier I Gebauer, Berlin *

 

2010
Hors Gabarit, Galerie Torri, Paris *
In Fine, Palais de Tokyo, Paris *
E figura si l’isula, fantasy island, FRAC

 

2009
Expanded-Crash, Villa Arson, Centre d’art, Nice *
Expanded-Crash, Module 2, Palais de Tokyo, Paris *

 

Expositions Collectives

 

2019

Artbrussels, Galerie Ceysson & Bénétière, Bruxelles

 

2018
Scar / Face, Galerie Ceysson & Bénétière, Paris

Kanal – Centre Pompidou, anciens locaux Citroën, Bruxelles
Précipité, Atelier de Jette, Bruxelles
Dawing now, Paris (galerie Eva Vautier)

 

2017
FIAC hors les murs, galerie Ceysson et Benetière, jardin des Tuileries, Paris
Artbrussels, Galerie Ceysson et Benetière, Bruxelles

 

2016
Sculptures, matières, matériaux, textures, Galerie Ceysson et Benetière, Foetz, Luxembourg

 

2015

Sphère, Galleria Continua, Les Moulins, Boissy-le-Châtel
L’ordre des lucioles, Fondation d’entreprise Ricard, Paris
GAS Station, Gagliardi Art System Gallery, Turin, Italie
Artbrussels 2015, stand TORRI, Bruxelles, Belgique
Chercher le Garçon, MAC VAL, Vitry sur Seine
Énergie sombre, Artemovendo, Porto Alegre, Brésil
Énergie sombre, ArtVilnius, Vilnius, Lituanie
Énergie sombre, Athens Digital Arts festival, Athènes, Grèce
Videonale 15, Bonn, Allemagne
Collective collection volet III, Le BBB centre d’art, Toulouse

 

2014
Shit and Die, Palazzo Cavour, Turin, Italie
Energie Sombre, Biennale de Belleville, Paris
J’écris donc je suis – Ben et La Station, le Garage, Brive

 

2013
Saison 17 – La Station à Lieu Commun, Lieu Commun, Toulouse
Boîte en valise, Institut Français, Exposition itinérante
Sans matières ajoutées, CNEAI, Chatou
Entrée libre mais non obligatoire, CNAC Villa Arson, Nice
Réinventer le monde – exposition du Frac Acquitaine
Sala Rekalde, Bilbao, Espagne

 

2012
Impressions d’Ateliers, Galerie Maud Barral, Nice, France
First Shanghai Sculpture Project, Shanghai Art Institute, Chine
Matières grises, Lieu commun, Toulouse
Sunshine and Precipitation – exposition de La Station, Catalyst Arts, Belfast, Irlande
Texture – Material (Berlin Paris 2012), KLEMM’S Gallery, Berlin, Allemagne
Les feux de l’amour, FRAC Aquitaine, Bordeaux
Paper, Galerie du MAMAC, Nice
New Abstract generation, Le Box, Fonds M-ARCO, Marseille, France

 

2011
La fabrique sonore, Domaine Pommery, Reims
FIAC 2011 – stand TORRI, Grand Palais, Paris
Art-o-rama, Friche Belle de Mai, Marseille
Focus, Parcours associé de la Biennale de Lyon, Vienne (France)
Programme video, Module 1 du Palais de Tokyo, Paris
Collectionneurs en situation, Espace de l’Art Concret, Mouans-Sartoux
La Sculpture autrement, Ecoparc, Mougins
Que sera, sera… La Station au CAN, CAN, Neuchâtel, Suisse
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blanc, Frac Aquitaine, Bordeaux

2010
Auto – Station, La Station, Nice
Dynasty, Palais de Tokyo et Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Paris

Reset, Fondation d’entreprise Ricard, Paris

2009
Kit invite n°2, Paris
Group show, RDF Galerie, Nice
Points, lignes et plans-séquences, Galerie des musées, Toulon
II, RDF Galerie, Nice

 

2008
Home Cinema, Trafic, Lausanne, Suisse
Panorama 9-10, Le Fresnoy, Tourcoing
Accidents de parcours, Performance, Corte, Corse

 

2007
Temps d’images, La ferme du Buisson, Noisiel
Panorama 8, Le Fresnoy, Tourcoing

 

Distinctions

 

2015
Prix de la Fondation Ricard, Paris
Videonale Audience Award of KfW Stiftung, Bonn, Allemagne

2014
Prix des Amis de la Maison Rouge, Paris

 

Formations

 

2008
Le Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains, Tourcoing

 

2007
Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique, La Villa Arson, Nice

Avec David Raffini *

 

Résidences 

 

2016
Fahrenheit Foundation By Flax, Los Angeles, États-Unis

 

2009
Cité Internationale des Arts, Paris
Synagogue de Delme

 

Collections Publiques 

 

Centre Georges Pompidou, Paris

Frac Aquitaine

MECHANICAL STRESS

 

Pauline THYSS

 

De la contrainte mécanique à la narrativité du geste

 

Utilisant des matériaux traditionnellement employés dans la construction (plaques de plâtre, tôle, plomb), il s’intéresse à leurs propriétés physiques, leur résilience, leur rémanence… que l’on mesure grâce à la contrainte mécanique, ou mechanical stress. Cette notion, utilisée en sciences des matériaux, évalue la capacité élastique et plastique d’un élément à absorber des effets de torsion, de tension ou de pression. Florian Pugnaire s’appuie sur certaines spécificités – la souplesse du plomb, la résistance du métal, la fragilité des plaques de plâtre – auxquelles il impose une force de travail pouvant parfois mener les matériaux jusqu’à leur point de rupture. Pour cela, l’artiste fait appel à des outils mécaniques comme des sangles, des treuils, des palans et des vérins hydrauliques qui font parfois partie intégrante de l’œuvre. Cet outillage est détourné de son application ordinaire pour opérer des contraintes et des déformations, créant un vocabulaire plastique dont l’esthétique industrielle, ici tourmentée, tend vers l’effondrement, la ruine, la dégradation…

 

Les œuvres de Florian Pugnaire seraient des vestiges du combat qu’il mène avec la matière, car il considère l’atelier comme le lieu où il s’exerce à la bataille de l’art : il y affronte les éléments dans une lutte où chaque round éprouve leurs capacités physiques respectives. Son approche de la sculpture est donc fondamentalement définie par une dimension performative, caractérisée par l’action et l’implication du corps. En cela ses sculptures sont des œuvres haptiques : le toucher et la perception de soi dans l’environnement sont au centre de son processus. Si dans sa pratique en duo avec David Raffini, il explore le champ sculptural via des installations monumentales ou des « œuvres-événements », il produit individuellement des œuvres à échelle plus humaine. La question du processus est toutefois au centre de ces deux pratiques, que nous pourrions nommer action-sculpture ¹: tout comme dans l’action-painting, le geste est ici plus important que le résultat.

Il y a dans sa pratique une forme d’indétermination puisque l’expérience dirige le processus : ses sculptures sont à la fois reproductibles (une fois leur procédé de fabrication étant établi) et singulières, car elles sont à chaque fois le résultat d’une action unique. Dans cette perspective, la pratique de Florian Pugnaire s’inscrit dans la théorie de l’Anti-form ² défendue par Robert Morris et regroupant des artistes comme Eva Hesse, Bruce Nauman ou Barry Flanagan : pour produire ses œuvres, il ne recherche pas une figure précise mais trouve sa forme en manipulant la matière. Des accointances formelles avec l’œuvre d’Eva Hesse sont par ailleurs parfois flagrantes : ses tôles contraintes par un cadre métallique (Sans titre, 2016) font écho à Aught (1968), pièce composée de bâche plastique maintenue au mur par un cadre en scotch. Mais son approche combative du processus l’éloigne des œuvres douces de l’Anti-form : ses sculptures sont dynamiques, visuellement parfois violentes, voire violentées.

 

 Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016


Sans titre 2016 -aluminium poli, acier inoxydable aluminium laqué, acier inoxydable

 

Florian Pugnaire propose donc des potentialités formelles plus que des formes déterminées : il fige le matériau dans un état donné à un instant « T », empirique et décisif. Ce procédé produit des arrêts sur image qui génèrent des formes reconnaissables (un sac de frappe, un drapeau) ou des instantanés (pliage, torsion, compression). Pour exemple, sa série de sculptures en plomb (2016) : l’artiste utilise une même quantité de matière – des feuilles de 60 x 90 x 0,1 cm – qu’il travaille pour obtenir cinq variations. Un nœud dense et tortueux se déploie peu à peu pour devenir un drapé aérien, semblant flotter avec légèreté. La forme évolue donc d’un geste simple, la torsion maximale d’une feuille (le nœud) à la création d’une image, un drapeau érigé. La déconstruction du mouvement, presque chronophotographique, produit ici visuellement l’idée d’une durée. Sorte de timeline présentant différentes potentialités formelles, elle produit un récit plastique, une narration silencieuse. Elle nous renvoie à une histoire du geste sculptural, allant du drapé classique jusqu’à Hand Catching Lead de Richard Serra (1968).

 

Nœud, drapé, drapeau, 2016 plomb

Nœud, drapé, drapeau 2016, plomb

 

Dans d’autres œuvres, cette narrativité est plutôt suggérée, mais la forme contient toujours une analepse (ou flash-forward) dans son mouvement : le socle de Constriction (2016) est potentiellement totalement détruit, la tôle de Traverse (2016) pourrait traverser complètement la cloison, le sac de frappe de Sans titre (2016) n’être plus qu’une masse informe… En d’autres termes, la forme contient toujours l’anticipation de sa destruction totale et irréversible. Cette temporalité s’appuie donc sur l’entropie de la matière, qui tend naturellement vers un état de désorganisation et sur le geste, grâce auquel l’artiste maintient cette disposition au chaos dans un état transitoire.

 

Florian PUGNAIRE

Traverse 2016, acier inoxydable, treuil, câble

 

D’autre part, ce récit plastique contient deux formes de prolepse (ou flash-back). Une mémoire historique qui se traduit par des références artistiques parfois antagonistes (la sculpture grecque rencontre le minimalisme, le ready-made joue avec l’art processuel…) et une réminiscence beaucoup plus spécifique, celle du temps d’élaboration. Ce passé, habituellement invisible dans une œuvre achevée, nous renvoie indirectement à l’espace de l’atelier et aux innombrables potentialités d’un travail en devenir : « Je porte une attention particulière à la notion d’atelier comme lieu de la pratique, mais aussi comme lieu de fiction, un entre-deux où la finalité du travail n’est pas encore définie et où tout peut encore être inventé ou modifié.³ »

 

 

La mise en fiction du processus : vidéo et cinéma

Dès sa troisième année d’études à la Villa Arson, Florian Pugnaire a documenté ses gestes sous forme de films. Tout d’abord pensées comme des archives, ces vidéos se sont rapidement affranchies de ce statut pour devenir des œuvres à part entière. L’influence de Bruce Nauman fut alors importante, notamment ses vidéos de la fin des années soixante dans lesquelles l’artiste se met en scène dans l’atelier, exécutant un geste simple et répétitif (marcher, tenir en équilibre sur un pied, rebondir sur un mur…). Ces gestes élémentaires expérimentés sous la forme d’actions filmées, non sans lien avec l’activité de danseurs tels que Merce Cunningham et Trisha Brown ou le théâtre de Brecht, permettent à Nauman d’éprouver des modalités : celles du corps intervenant dans le temps et l’espace, celles des limites de pertinence d’une action, voire celles du corps comme matériau premier de l’œuvre.

 

Sa première vidéo avait pour but de documenter la réalisation d’une sculpture : dans Dialogue avec la sculpture (2004), on le voit façonner à coups de poings un sac de frappe en tôle d’aluminium pendant trois minutes. Conscient de la dimension performative de son action, il s’est filmé sous trois angles différents de manière à obtenir une vision complète. Il raconte : « C’est en important les médias depuis les trois cassettes que j’ai compris l’impact du montage : mes trois caméras étaient non seulement autour de l’objet, mais cadraient trois valeurs de plans différentes, ce qui donnait, avec le bon rythme, une allure dynamique à l’action. Alors que mon intention était de réaliser une sculpture de manière performative et de documenter le processus, j’ai réalisé que l’archive que j’avais produite faisait partie intégrante de l’œuvre dans sa totalité.4 » De cette volonté initiale de témoigner a donc découlé une réflexion sur le médium vidéo lui-même, amenant l’artiste à le penser en fonction de ses caractéristiques propres ; au fil du temps, la prise de vue, le cadrage, l’étalonnage, le son et le montage de ses films se sont perfectionnés et donnent aujourd’hui à ses œuvres une dimension véritablement cinématographique.

 

Les problématiques qu’il aborde dans ses vidéos sont les mêmes qu’en sculpture : il y interroge les procédés de fabrication de l’œuvre en mettant en scène des contraintes, des transformations, des destructions… On y retrouve une esthétique du chantier et de l’atelier ainsi qu’un même vocabulaire plastique (le métal, le plâtre, les palans, les sangles…). Mais, en dévoilant la phase processuelle dans la durée et non plus seulement dans l’espace, Florian Pugnaire la transforme en une expérience fictionnelle. Ici, la narrativité de l’œuvre ne repose plus seulement sur l’entropie de la matière et sur le geste puisque l’image en mouvement induit une temporalité per se. Souvent accompagnées d’installations issues du décor du film, ses vidéos questionnent de manière complexe le temps créatif en le distordant : analepses et prolepses se chevauchent, brouillant la linéarité du récit ; le travail se renouvelle continuellement entre construction, destruction et reconstitution.

 

S’il s’attache dans ses premières œuvres vidéos à archiver l’activation d’une sculpture processuelle, Florian Pugnaire autonomise rapidement le geste pour produire des mouvements semblant induits par le processus lui-même, sans intervention humaine. Se déroulant dans des espaces indéterminés, entre la friche, l’atelier et le white cube, ses vidéos déroulent le geste processuel pour créer des réactions en chaîne : le décor s’autodétruit et les matériaux deviennent acteurs de catastrophes pyrotechniques et mécaniques spectaculaires. Et lorsque le corps revient en jeu, comme dans Stunt Lab (2009) ou Agôn (2016), il semble subir cette même force extraordinaire : les gestes sont destructeurs et les organismes sont aussi maltraités que les matériaux qui les entourent. En regardant ses films, nous pensons à Der Lauf der Dinge (Le cours des choses, 1987) de Peter Fischli et David Weiss, à Water Boots (1986) de Roman Signer ou One Minute Sculptures (1997-1998) de Erwin Wurm : sculptures provisoires, reposant sur un équilibre précaire, laissant en suspens ou activant une catastrophe imminente et programmée, elles remettent en jeu, avec une intensité dramatique dérisoire, les fondamentaux de la pratique sculpturale comme forme déterminée et immobile.

 

Mais les films de Florian Pugnaire portent en eux une gravité étrangère à ces œuvres : nimbés d’une atmosphère étrange, parfois cauchemardesque, ils nous renvoient au film fantastique. Dans Paramnésis (2011), nous observons une succession d’événements se dérouler au travers de différents espaces, au départ immaculés et circonscrits puis de plus en plus sales et indéterminés. Plusieurs réactions mécaniques ont lieu : impacts, écoulements, absorptions. L’atmosphère devient malsaine, inquiétante : de l’acétone coule sur du polystyrène, qui en fondant crée des fils noirâtres, évoquant Alien (1979) de Ridley Scott ; une tôle s’enfonce dans un mur pour laisser un trou béant, noir comme le néant… « Dans l’espace, personne ne vous entendra crier », semblent nous dire ces pauvres matériaux torturés.

Les œuvres qu’il réalise avec David Raffini ont quant à elles quelque chose de plus romanesque. Leurs vidéos, dont les personnages principaux sont généralement des véhicules (tractopelle, camionnette, voiture) sont les sujets d’une poétique de la métamorphose, menant la fiction processuelle vers la fantasmagorie. De ces vidéos sont issues des sculptures réalisées à partir de ces engins : jouant d’une ellipse entre temps cinématographique et réel, ces œuvres souvent violentes – le tractopelle de In Fine se replie sur lui-même, le camion d’Energie Sombre est démembrénous renvoient à la fiction de leur fabrication. Le récit filmé de leur métamorphose s’inscrit tout à la fois dans le réel (les effets sont mécaniques et non pas numériques) et dans le mythe : nous traversons avec eux des friches et des plaines abandonnées, nous compatissons face aux inéluctables transformations qu’ils subissent pour finir par leur conférer une dimension anthropomorphique et ontologique. « Dans Energie sombre, ou dans In fine, les engins mécaniques sont montrés à la fois comme des « utilitaires » et fantasmatiquement glorifiés, humains et extra-humains. (…) Ainsi ces machines mécaniques sont-elles associées à l’idée d’ancestralité quasi mythique en même temps qu’elles sont métaphoriques de l’« homo faber », cette définition de l’homme à jamais agité, à jamais pris du désir de fabriquer – et en conséquence, de transformer son environnement.5 » Nous pensons alors à Christine, livre de Stephen King publié en 1983 et adapté par John Carpenter la même année, ou à Crash ! de Ballard (1973), adapté par David Cronenberg en 1996 : la machine devient mortelle, élevée en symbole de la condition humaine et vecteur de notre propre perte.

Agôn (2016) serait la somme de toutes ces réflexions et il s’agit de l’œuvre la plus syncrétique de Florian Pugnaire. Nous y voyons deux combattants s’affronter, prisonniers d’une boucle atemporelle. Le décor s’anime et se métamorphose autour d’eux pour finalement s’autodétruire : emportés dans cette scénographie en perpétuelle mutation, les acteurs semblent absorbés par la violence de leur propre action, presque indifférents aux réactions brutales qui les entourent.

 

Florian PUGNAIRE

Vue d’exposition Film Agôn 2016

 

Ici encore, Florian Pugnaire nous parle du processus et Agôn est certainement un film de sculpture ; cependant, c’est également une œuvre véritablement cinématographique. Le fil narratif s’appuie sur une réaction en chaîne nous menant dans une succession d’espaces dans lesquels se déploie le combat. Le montage alterne entre plans rapprochés sur l’action des deux protagonistes et des plans elliptiques dévoilant l’ampleur du décor, créant des variations de rythme dynamiques. Le son amène une atmosphère fantastique tout en rendant compte de l’aspect réaliste du combat. Proche des corps, il se focalise sur les impacts et l’emballement du souffle tout en évoluant en fonction des changements d’espaces, rappelant par moments l’inquiétant Polymorphia (1961) de Krzysztof Penderecki, utilisée par William Friedkin dans The Exorcist (1973) et par Stanley Kubrick dans The Shining (1980). Cette atmosphère angoissante se greffe à l’esthétique de l’atelier : la construction et la déconstruction du décor témoigne d’un processus mettant en jeu le faire, le défaire, le geste, la gestation, la sculpture en devenir.

Réalisé avec les techniques professionnelles de l’industrie du film, Agôn est donc une vidéo d’art dans laquelle le cinéma est à la fois intégré comme référence et comme forme. Les influences de Florian Pugnaire sont ici variées mais appartiennent toutes au cinéma de genre : films d’arts martiaux (allant du Chanbara d’Akira Kurosawa au cinéma de Hong-Kong de John Woo), cinéma fantastique et de science-fiction (Tobe Hooper, David Cronenberg, Stanley Kubrick)… En s’appuyant sur ce répertoire, l’artiste se permet une incursion dans le divertissement, menant ses problématiques esthétiques vers le spectaculaire. Nous en prenons effectivement plein les yeux et nous ressortons de la projection en fantasmant un improbable remake de Le Cours des Choses de Fischli & Weiss par John Carpenter.

 

Florian Pugnaire

Film  Agôn  2016

 

Agôn n’a toutefois rien à voir avec les productions hollywoodiennes : pour Florian Pugnaire, la fiction artistique se doit de comprendre la manière dont l’industrie de l’image génère des codes de représentation afin de les détourner et de créer des formes alternatives. « Depuis Greenberg se sont engouffrés dans nos canaux récepteurs le flux des images mondialisées, les exploits mis en ligne, les répliques sans fin des productions de l’entertainment. Le jeu et la fiction sont désormais inclus dans l’autoréflexion de l’art. Et contrairement au divertissement, la fiction artistique n’a pas pour but d’hypnotiser le spectateur, quand bien même elle le laisserait s’y absorber son content.6 » Dans Agôn, le spectaculaire se joue du spectacle, l’artifice est déjoué par la mise en scène réelle et performative de l’action, et la violence pose un axe de réflexion sur la nature humaine.

Car si Florian Pugnaire utilise certains mécanismes du cinéma hollywoodien, il en écarte la vision manichéenne. Le combat, à l’image du terme Agôn et de sa polysémie 7, propose plusieurs pistes de lecture. D’un point de vue narratif, il est absurde : nous ne saurons jamais pourquoi ces deux adversaires tiennent autant à s’annihiler mutuellement et nous ne connaîtrons jamais leur histoire. L’absence de contexte transforme l’expérience filmique en une exploration visuelle et sensorielle puissante, qui s’imprime sur nos rétines et nous poursuit longtemps. L’atmosphère, toute de ruines et de brumes, nous rappelle par moments la Zone de Stalker (1980, Tarkovski) : l’espace physique devient mental et le combat se teinte alors d’une dimension ontologique, voire métaphysique. Entre instincts de vie et de mort, Agôn nous rappelle la vanité de notre existence et notre volonté, irrationnelle et essentielle, de la dépasser.

Comme disait Kubrick : « Un film est – ou devrait-être – beaucoup plus proche de la musique que du roman. Il doit être une suite de sentiments et d’atmosphères. Le thème et tout ce qui est à l’arrière-plan des émotions qu’il charrie, la signification de l’œuvre, tout cela doit venir plus tard. Vous quittez la salle et, peut-être le lendemain, peut-être une semaine plus tard, peut-être sans que vous vous en rendiez compte, vous acquérez quelque chose qui est ce que le cinéaste s’est efforcé de vous dire.»

 

Pauline Thyss, Septembre 2016

 

[1] Claire Moulène, dans l’article Action Sculpture paru dans Code 2.0 à l’automne 2010, définit ainsi la pratique de Florian Pugnaire et David Raffini.
[2] Article paru dans Artforum (VI, n° 8) en avril 1968 dans lequel Robert Morris, s’opposant au minimalisme, défend un processus selon lequel l’artiste délègue le choix artistique et le geste à la matière. Cet article recense, depuis Jackson Pollock et Morris Louis, les expressions américaines de ce processus qui « laisse parler » la matière, la gravité et le hasard.
[3] Florian Pugnaire, à propos de Stunt Lab, 2010
[4] Entretien, Pauline Thyss et Florian Pugnaire, 2016
[5] Sylvie Coëllier, Energie sombre : chronique d’une fin annoncée, in catalogue Énergie sombre, Musée national Pablo Picasso, 2014
[6] Sylvie Coëllier, Pugnaces et raffinés – Florian Pugnaire et David Raffini : une épopée des moteurs, 2013.
[7] La généalogie du terme Agôn remonte aux textes de la Grèce antique et révèle, depuis son origine, de nombreux glissements de sens. Il apparaît dans l’Iliade, pour décrire l’assemblée témoin de l’instauration des jeux funéraires, avant d’évoluer dans l’Odyssée pour désigner l’arène dans laquelle se déroulent les tournois. Il s’étend ensuite pour définir les jeux panhelléniques, puis certaines de leurs spécificités liées à la notion de combat, telles la compétition, la lutte, la rivalité. Finalement, Agôn peut désigner le lieu du combat comme le combat lui-même, la combativité et, par extension, la joute judiciaire ou verbale, le débat dialectique, la dispute théâtrale…
[8] Propos de Stanley Kubrick recueillis par Peter Lyon pour la revue Holiday (février 1964)

Florian Pugnaire, Tôle sanglée, 2019 acier inoxydable, sangle. 168 x 96 x 68 cm
Florian PUGNAIREExposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016
« Traverse » 2016
Film « Agôn » 2016, Florian Pugnaire
Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress"
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Article de presse de Florian Pugnaire paru dans le numéro 260 du magazine de La Strada du 26 Septembre au 9 Octobre 2016

Article de presse sur Florian Pugnaire paru dans le n° 260 du magazine La Strada du 26 Septembre au 9 Octobre 2016

 

 

Article de presse sur l’exposition MECHANICAL STRESS paru dans le n°866 du magazine Tribune le vendredi 21 Octobre 2016

Article de presse sur Florian Pugnaire paru dans le n°866 du magazine Tribune Bulletin Côte d’Azur le vendredi 21 Octobre 2016

 

Article sur l’exposition MECHANICAL STRESS de Florian Pugnaire publié sur le blog Chez Lola Gassin le lundi 14 Novembre 2016.

Article sur l’exposition MECHANICAL STRESS de Florian Pugnaire publié sur le blog Chez Lola Gassin le lundi 14 Novembre 2016.

 

 

 

 

http://documentsdartistes.org/artistes/pugnaire-raffini/repro.html

http://documentsdartistes.org/artistes/pugnaire-raffini/repro.html

 

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/caXkgze/r4ykGj7

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/caXkgze/r4ykGj7

florien

Florian Pugnaire pays particular attention to the notion of the workshop as a place of practice, but also as a place of fiction, an in-between where the goal of work is not yet defined and where everything can still be invented or modified. Through a personal or collaborative practice (with David Raffini), he shows an interest in the process of fabrication and creation, and situates his work in an intermediate space between the workshop and the exhibition space.

 

He works on the material, time and space contained in the act of creation. In this, he joins Robert Morris, who – in rejection with Greenbergian thought – refused in 1970 to see the work as a timeless, finished object, which would only be experienced optically: “I think that, in the past (…), such efforts [the creative process] have been seen as an unsystematized sequence of technical, anecdotal or biographical facts, unrelated to the real “work”, plated as a timeless deposit and frozen on the flypaper of culture. 1 »

 

Through a field of cultural references revolving around martial arts (L.E.W. Q , Shadow Boxing, Stunt Lab), the automobile (Dyane +, Expanded Crash) and the world of the building site (In Fine, Meurtrières), Florian Pugnaire produces constant back and forth between sculpture and video: “These connections between film and sculpture, then between sculpture and narrative, involving the time factor and summoning the image, are the essential data of Florian Pugnaire’s personal works (the recent Stunt Lab, film of a combat choreographing the destruction of a set, projected with the compression of the latter at its side, offers a very immediate example of these combinations. 2 »

 

Pauline Thyss

Florian Pugnaire was born in 1980,
Lives and works in Nice and Paris.

 


 

 

Solo Exhibitions

 

2019

Fahrenheit 134, Galerie Ceysson & Bénétière, Paris

 

2018

Show Me, L’étrangère, Londres
Ressac, Le Portique, Le Havre
Artbrussels, solo Pugnaire et Raffini, Galerie Ceysson et Benetiere

 

2016
Mechanical Stress, Galerie Eva Vautier, Nice
Show me, Galerie Torri, Paris
Florian Pugnaire & David Raffini, Prix Ricard

 

2015
Florian Pugnaire et David Raffini, Centre Georges Pompidou, Paris

 

2014
Le coefficient de Poisson, Le Patio, La Maison Rouge, Paris *

 

2013
Chjami rispondi, Galerie Torri, Paris *
Energie Sombre, Musée Picasso, Antibes *
Matières temps, Centre d’art contemporain Les églises, Chelles *
Fondre Battre Briser, Centre d’art Le Pavillon Blanc, Colombiers *

 

2012
III, Centre culturel Una Volta, Bastia *

 

2011
Amnesia, Espace contemporain Domaine Orenga, Patrimonio
Glissements, Le Dojo, Nice *
Paris – Berlin 2011, Galerie Carlier I Gebauer, Berlin *

 

2010
Hors Gabarit, Galerie Torri, Paris *
In Fine, Palais de Tokyo, Paris *
E figura si l’isula, fantasy island, FRAC

 

2009
Expanded-Crash, Villa Arson, Centre d’art, Nice *
Expanded-Crash, Module 2, Palais de Tokyo, Paris *

 

Group Exhibitions

 

2019

Artbrussels, Galerie Ceysson & Bénétière, Bruxelles

 

2018
Scar / Face, Galerie Ceysson & Bénétière, Paris

Kanal – Centre Pompidou, anciens locaux Citroën, Bruxelles
Précipité, Atelier de Jette, Bruxelles
Dawing now, Paris (galerie Eva Vautier)

 

2017
FIAC hors les murs, galerie Ceysson et Benetière, jardin des Tuileries, Paris
Artbrussels, Galerie Ceysson et Benetière, Bruxelles

 

2016
Sculptures, matières, matériaux, textures, Galerie Ceysson et Benetière, Foetz, Luxembourg

 

2015

Sphère, Galleria Continua, Les Moulins, Boissy-le-Châtel
L’ordre des lucioles, Fondation d’entreprise Ricard, Paris
GAS Station, Gagliardi Art System Gallery, Turin, Italie
Artbrussels 2015, stand TORRI, Bruxelles, Belgique
Chercher le Garçon, MAC VAL, Vitry sur Seine
Énergie sombre, Artemovendo, Porto Alegre, Brésil
Énergie sombre, ArtVilnius, Vilnius, Lituanie
Énergie sombre, Athens Digital Arts festival, Athènes, Grèce
Videonale 15, Bonn, Allemagne
Collective collection volet III, Le BBB centre d’art, Toulouse

 

2014
Shit and Die, Palazzo Cavour, Turin, Italie
Energie Sombre, Biennale de Belleville, Paris
J’écris donc je suis – Ben et La Station, le Garage, Brive

 

2013
Saison 17 – La Station à Lieu Commun, Lieu Commun, Toulouse
Boîte en valise, Institut Français, Exposition itinérante
Sans matières ajoutées, CNEAI, Chatou
Entrée libre mais non obligatoire, CNAC Villa Arson, Nice
Réinventer le monde – exposition du Frac Acquitaine
Sala Rekalde, Bilbao, Espagne

 

2012
Impressions d’Ateliers, Galerie Maud Barral, Nice, France
First Shanghai Sculpture Project, Shanghai Art Institute, Chine
Matières grises, Lieu commun, Toulouse
Sunshine and Precipitation – exposition de La Station, Catalyst Arts, Belfast, Irlande
Texture – Material (Berlin Paris 2012), KLEMM’S Gallery, Berlin, Allemagne
Les feux de l’amour, FRAC Aquitaine, Bordeaux
Paper, Galerie du MAMAC, Nice
New Abstract generation, Le Box, Fonds M-ARCO, Marseille, France

 

2011
La fabrique sonore, Domaine Pommery, Reims
FIAC 2011 – stand TORRI, Grand Palais, Paris
Art-o-rama, Friche Belle de Mai, Marseille
Focus, Parcours associé de la Biennale de Lyon, Vienne (France)
Programme video, Module 1 du Palais de Tokyo, Paris
Collectionneurs en situation, Espace de l’Art Concret, Mouans-Sartoux
La Sculpture autrement, Ecoparc, Mougins
Que sera, sera… La Station au CAN, CAN, Neuchâtel, Suisse
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le blanc, Frac Aquitaine, Bordeaux

2010
Auto – Station, La Station, Nice
Dynasty, Palais de Tokyo et Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, Paris

Reset, Fondation d’entreprise Ricard, Paris

2009
Kit invite n°2, Paris
Group show, RDF Galerie, Nice
Points, lignes et plans-séquences, Galerie des musées, Toulon
II, RDF Galerie, Nice

 

2008
Home Cinema, Trafic, Lausanne, Suisse
Panorama 9-10, Le Fresnoy, Tourcoing
Accidents de parcours, Performance, Corte, Corse

 

2007
Temps d’images, La ferme du Buisson, Noisiel
Panorama 8, Le Fresnoy, Tourcoing

 

Awards

 

2015
Prix de la Fondation Ricard, Paris
Videonale Audience Award of KfW Stiftung, Bonn, Allemagne

2014
Prix des Amis de la Maison Rouge, Paris

 

Formations

 

2008
Le Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains, Tourcoing

 

2007
Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique, La Villa Arson, Nice

Avec David Raffini *

 

Residences

 

2016
Fahrenheit Foundation By Flax, Los Angeles, États-Unis

 

2009
Cité Internationale des Arts, Paris
Synagogue de Delme

 

Public Collections 

 

Centre Georges Pompidou, Paris

Frac Aquitaine

MECHANICAL STRESS

 

Pauline THYSS

 

From the mechanical constraint to the narrativity of the gesture

 

Using materials traditionally used in construction (plasterboard, sheet metal, lead), he is interested in their physical properties, their resilience, their remanence … which is measured through mechanical stress. This concept, used in material sciences, evaluates the elastic and plastic capacity of an element to absorb the effects of torsion, tension or pressure. Florian Pugnaire relies on certain specificities – the flexibility of lead, the resistance of metal, the brittleness of plasterboard – to which he imposes a work force that can sometimes bring materials to their breaking point. To do this, the artist uses mechanical tools such as straps, winches, hoists and hydraulic jacks which are sometimes an integral part of the work. This tooling is diverted from its ordinary application to operate stresses and deformations, creating a plastic vocabulary whose industrial aesthetics, here tormented, tends towards collapse, ruin, degradation …

 

Florian Pugnaire’s works would be vestiges of the fight he leads with matter, because he considers the studio as the place where he practices the battle of art: he confronts the elements in a struggle where each round tests their respective physical capacities. His approach to sculpture is therefore fundamentally defined by a performative dimension, characterized by the action and involvement of the body. In this his sculptures are haptic works: touch and self-perception in the environment are at the center of his process. If in his duo practice with David Raffini, he explores the sculptural field through monumental installations or “event-works”, he individually produces works on a more human scale. The question of process is however at the center of these two practices, which we could call action-sculpture : just as in action-painting, the gesture is more important here than the result.

There is a form of indeterminacy in his practice, since experience directs the process: his sculptures are both reproducible (once their manufacturing process is established) and singular, since they are each time the result of a unique action. In this perspective, Florian Pugnaire’s practice is in line with the theory of Anti-form ² defended by Robert Morris and including artists such as Eva Hesse, Bruce Nauman or Barry Flanagan: to produce his works, he does not look for a precise figure but finds his form by manipulating the material. Formal connections with the work of Eva Hesse are also sometimes blatant: her metal sheets constrained by a metal frame (Untitled, 2016) echo Aught (1968), a piece composed of plastic sheeting held to the wall by a tape frame. But his combative approach to the process takes him away from the soft works of the Anti-form: his sculptures are dynamic, visually sometimes violent.

 

 Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016


Sans titre 2016 – polished aluminum, stainless steel lacquered aluminum, stainless steel

 

Florian Pugnaire thus proposes formal potentialities more than determined forms: he freezes the material in a given state at a decisive, empirical moment “T”. This process produces freeze-frames that generate recognizable shapes (a punching bag, a flag) or snapshots (folding, twisting, compression). For example, his series of lead sculptures (2016): the artist uses the same amount of material – sheets of 60 x 90 x 0.1 cm – that he works to obtain five variations. A dense and tortuous knot unfolds little by little to become an aerial drapery, seeming to float lightly. The form thus evolves from a simple gesture, the maximum twisting of a leaf (the knot) to the creation of an image, an erected flag. The deconstruction of the movement, almost chronophotographic, produces here visually the idea of a duration. A sort of timeline with different formal potentialities, it produces a plastic narrative, a silent narration. It takes us back to a history of the sculptural gesture, from the classical drapery to Richard Serra’s Hand Catching Lead (1968).

 

Nœud, drapé, drapeau, 2016 plomb

Nœud, drapé, drapeau 2016, lead

 

In other works, this narrativity is rather suggested, but the form always contains an analepse (or flash-forward) in its movement: the base of Constriction (2016) is potentially totally destroyed, the sheet metal of Traverse (2016) could pass completely through the partition, the punching bag of Untitled (2016) could be nothing more than a shapeless mass. In other words, the form always contains the anticipation of its total and irreversible destruction. This temporality is thus based on the entropy of matter, which naturally tends towards a state of disorganization, and on gesture, thanks to which the artist maintains this disposition to chaos in a transitory state.

 

Florian PUGNAIRE

Traverse 2016, stainless steel, winch, cable

 

On the other hand, this plastic narrative contains two forms of prolepse (or flashback). A historical memory that translates into artistic references that are sometimes antagonistic (Greek sculpture meets minimalism, the ready-made plays with processual art…) and a much more specific reminiscence, that of the time of elaboration. This past, usually invisible in a finished work, refers us indirectly to the space of the studio and the innumerable potentialities of a work in progress: “I pay particular attention to the notion of the studio as a place of practice, but also as a place of fiction, an in-between where the finalité of the work is not yet définie and where everything can still be invented or modifié.³ “

 

 

Fiction of the process: video and cinema

From his third year of study at the Villa Arson, Florian Pugnaire documented his gestures in the form of films. Initially thought of as archives, these videos quickly freed themselves from this status to become works in their own right. The influence of Bruce Nauman was then important, especially his videos from the late sixties in which the artist stages himself in the studio, performing a simple and repetitive gesture (walking, balancing on one foot, bouncing off a wall…). These elementary gestures experimented in the form of filmed actions, not unrelated to the activity of dancers such as Merce Cunningham and Trisha Brown or Brecht’s theater, allow Nauman to experience modalities: those of the body intervening in time and space, those of the limits of relevance of an action, even those of the body as the primary material of the work.

 

His first video was intended to document the making of a sculpture: in Dialogue with Sculpture (2004), we see him shaping a punching bag made of aluminum sheet metal with his fists for three minutes. Aware of the performative dimension of his action, he filmed himself from three different angles in order to obtain a complete vision. He explains: “It was by importing the media from the three cassettes that I understood the impact of the editing: my three cameras were not only around the object, but also framed three different shot values, which gave the action a dynamic look with the right rhythm. While my intention was to create a sculpture in a performative way and to document the process, I realized that the archive I had produced was an integral part of the work as a whole.4 “From this initial desire to bear witness thus arose a reflection on the video medium itself, leading the artist to think of it in terms of its own characteristics; over time, the shooting, framing, grading, sound and editing of his films have been perfected and today give his works a truly cinematic dimension.

 

The problems he addresses in his videos are the same as in sculpture: he questions the processes of fabrication of the work by staging constraints, transformations, destructions… We find an aesthetic of the construction site and the workshop as well as the same plastic vocabulary (metal, plaster, hoists, straps…). But, by revealing the processual phase in time and not only in space, Florian Pugnaire transforms it into a fictional experience. Here, the narrativity of the work is no longer based solely on the entropy of matter and gesture, since the moving image induces a temporality per se. Often accompanied by installations taken from the film set, his videos question creative time in a complex way by distorting it: analepses and prolepses overlap, blurring the linearity of the narrative; the work continually renews itself between construction, destruction and reconstruction.

 

While in his early video works he focused on archiving the activation of a processual sculpture, Florian Pugnaire quickly autonomized the gesture to produce movements seemingly induced by the process itself, without human intervention. Taking place in indeterminate spaces, between the wasteland, the studio and the white cube, his videos unroll the processual gesture to create chain reactions: the decor self-destructs and the materials become actors of spectacular pyrotechnic and mechanical disasters. And when the body comes back into play, as in Stunt Lab (2009) or Agôn (2016), it seems to undergo the same extraordinary force: the gestures are destructive and the organisms are as mistreated as the materials around them. In watching his films, we think of Der Lauf der Dinge (The Course of Things, 1987) by Peter Fischli and David Weiss, Water Boots (1986) by Roman Signer or One Minute Sculptures (1997-1998) by Erwin Wurm: temporary sculptures, resting on a precarious balance, leaving an imminent and programmed catastrophe in abeyance or activating, they bring into play, with derisory dramatic intensity, the fundamentals of sculptural practice as a determined and immobile form.

 

But Florian Pugnaire’s films carry within them a gravity foreign to these works: nimbed by a strange, sometimes nightmarish atmosphere, they send us back to the fantastic film. In Paramnésis (2011), we observe a succession of events unfolding through different spaces, initially immaculate and circumscribed, then increasingly dirty and indeterminate. Several mechanical reactions take place: impacts, flows, absorptions. The atmosphere becomes unhealthy, disturbing: acetone flows over polystyrene, which melts to create blackish threads, reminiscent of Ridley Scott’s Alien (1979); a sheet metal sheet is pushed into a wall to leave a gaping hole, black as nothingness…”. In space, no one will hear you scream,” these poor tortured materials seem to tell us.

The works he creates with David Raffini have something more romantic about them. Their videos, whose main characters are generally vehicles (backhoe, van, car) are the subjects of a poetics of metamorphosis, leading the processual fiction towards phantasmagoria. From these videos come the sculptures made from these vehicles: playing an ellipse between cinematographic and real time, these often violent works – In Fine’s backhoe pulls back on itself, Dark Energy’s truck is dismembered – send us back to the fiction of their making. The filmed account of their metamorphosis is inscribed both in the real (the effects are mechanical and not digital) and in the myth: we cross with them abandoned wastelands and plains, we sympathize with the inevitable transformations they undergo to end up conferring them an anthropomorphic and ontological dimension. “In Dark Energy, or in In Fine, mechanical machines are shown as both “utilitarian” and fantastically glorified, human and extra-human. (…) Thus these mechanical machines are associated with the idea of almost mythical ancestrality at the same time as they are metaphorical of the “homo faber”, that definition of man forever restless, forever taken from the desire to manufacture – and consequently, to transform his environment.5 “We then think of Christine, a book by Stephen King published in 1983 and adapted by John Carpenter the same year, or Ballard’s Crash! (1973), adapted by David Cronenberg in 1996: the machine becomes mortal, raised as a symbol of the human condition and a vector of our own loss.

Agôn (2016) would be the sum of all these reflections, and it is Florian Pugnaire’s most syncretic work. We see two combatants confronting each other, prisoners of a timeless loop. The set comes to life and metamorphoses around them to finally self-destruct: carried away in this perpetually changing scenography, the actors seem absorbed by the violence of their own action, almost indifferent to the brutal reactions that surround them.

 

Florian PUGNAIRE

Exhibition View Film Agôn 2016

 

Here again, Florian Pugnaire tells us about the process and Agôn is certainly a sculptural film; however, it is also a truly cinematic work. The narrative thread is based on a chain reaction leading us into a succession of spaces in which the fight unfolds. The montage alternates between close-up shots of the action of the two protagonists and elliptical shots revealing the scale of the set, creating dynamic variations in rhythm. The sound brings a fantastic atmosphere while reflecting the realistic aspect of the fight. Close to the bodies, it focuses on the impacts and the runaway of the breath while evolving according to the changes of space, recalling at times the disturbing Polymorphia (1961) by Krzysztof Penderecki, used by William Friedkin in The Exorcist (1973) and by Stanley Kubrick in The Shining (1980). This agonizing atmosphere is grafted onto the aesthetics of the studio: the construction and deconstruction of the decor bears witness to a process involving the making, the undoing, the gesture, the gestation, the sculpture in the making.

Produced with the professional techniques of the film industry, Agôn is thus an art video in which cinema is integrated both as a reference and as a form. Florian Pugnaire’s influences are varied here but all belong to genre cinema: martial arts films (from Akira Kurosawa’s Chanbara to John Woo’s Hong Kong cinema), fantasy and science fiction films (Tobe Hooper, David Cronenberg, Stanley Kubrick)… By drawing on this repertoire, the artist allows himself an incursion into entertainment, leading his aesthetic issues towards the spectacular. We are indeed taken aback and come out of the projection by fantasizing an improbable remake of The Course of Things by Fischli & Weiss by John Carpenter.

 

Florian Pugnaire

Film  Agôn  2016

 

However, Agôn has nothing to do with Hollywood productions: for Florian Pugnaire, artistic fiction must understand the way in which the image industry generates codes of representation in order to divert them and create alternative forms. “Since Greenberg, the flow of globalized images, online exploits, and endless replicas of entertainment productions have flooded into our receiving channels. Game and fiction are now included in the self-reflection of art. And unlike entertainment, artistic fiction does not aim to hypnotize the spectator, even if it lets him or her absorb the content.6 “In Agôn, the spectacular plays with the spectacle, artifice is thwarted by the real and performative staging of the action, and violence poses an axis of reflection on human nature.

For if Florian Pugnaire uses certain mechanisms of Hollywood cinema, he sets aside the Manichean vision. The fight, like the term Agôn and its polysemy 7, offers several avenues for reading. From a narrative point of view, it is absurd: we will never know why these two adversaries are so keen to annihilate each other and we will never know their story. The absence of context transforms the film experience into a powerful visual and sensory exploration that imprints itself on our retinas and chases us for a long time. The atmosphere, full of ruins and mists, at times reminds us of Stalker’s Zone (1980, Tarkovski): physical space becomes mental and the struggle is then tinged with an ontological, even metaphysical dimension. Between instincts of life and death, Agôn reminds us of the vanity of our existence and our irrational and essential will to overcome it.

As Kubrick said: “A film is – or should be – much closer to music than to a novel. It must be a sequence of feelings and atmospheres. The theme and all that is in the background of the emotions it conveys, the meaning of the work, all this must come later. You leave the theater and, maybe the next day, maybe a week later, maybe without you realizing it, you acquire something that is what the filmmaker has tried to tell you”.

 

Pauline Thyss, September 2016

 

[1] Claire Moulène, in the article Action Sculpture published in Code 2.0 in the fall of 2010, defines the practice of Florian Pugnaire and David Raffini as follows.
[2] Article published in Artforum (VI, n° 8) in April 1968 in which Robert Morris, opposing minimalism, defends a process according to which the artist delegates artistic choice and gesture to the material. This article lists, since Jackson Pollock and Morris Louis, the American expressions of this process which “lets matter, gravity and chance “speak”.
[3] Florian Pugnaire, about Stunt Lab, 2010
[4] Interview, Pauline Thyss and Florian Pugnaire, 2016.
[5] Sylvie Coëllier, Dark Energy: Chronicle of an Announced End, in catalog Dark Energy, Pablo Picasso National Museum, 2014.
[6] Sylvie Coëllier, Pugnaces et raffinés – Florian Pugnaire et David Raffini: une épopée des moteurs, 2013.
[7] The genealogy of the term Agôn goes back to the texts of Ancient Greece and reveals, since its origin, numerous shifts in meaning. It appears in the Iliad to describe the assembly that witnessed the establishment of funerary games, before evolving in the Odyssey to designate the arena in which the tournaments took place. It then expands to define the panhellenic games, and then some of their specificities linked to the notion of combat, such as contest, struggle, rivalry. Finally, Agôn can designate the place of the combat as the combat itself, the combativeness and, by extension, the judicial or verbal joust, the dialectical debate, the theatrical dispute…
[8] Remarks by Stanley Kubrick collected by Peter Lyon for the magazine Holiday (February 1964).
Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Sans titre, 2016
Stainless steel, winch, cable
100 x 166 x 26 cm


Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016 Projection "Agôn"

Projection Agôn, 2016


Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Traverse, 2016
stainless steel, strap


Florian PUGNAIRE

Noeud, drap, drapeau, 2016
lead


Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Meurtrière III, 2016
BA13, strap, white paint, caparol binding agent
90 x 250 cm


Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Exhibition view


Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Sans titre, 2016
gas bottle, galvanized chain, aerosol paint 
170 x 30 x 30 cm


Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Tôle sanglée, 2016
stainless steel, strap 
165 x 90 x 100 cm


Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Exhibition view


Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Exhibition view


Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Traverse, 2016
stainless steel, strap


Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Traverse, 2016
stainless steel, strap


Florian PUGNAIRE Meurtrière 2016 Plaque de plâtre cartonnée, sangle d'arrimage 74x37cm édition 25 exemplaires Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Meurtrière 2016
Gypsum plasterboard, lashing strap 
74x37cm
edition

MECHANICAL STRESS

 

FLORIAN PUGNAIRE

 

September 24 – December 31, 2016

 

+ informations

Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Exhibition view

 

 

Vue d'exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Exhibition view

 

 

Vue d'exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Exhibition view

 

 

Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Exhibition view

 

 

Florian PUGNAIRE Exposition "Mechanical Stress" Galerie Eva Vautier 2016

Exhibition view

Article de presse de Florian Pugnaire paru dans le numéro 260 du magazine de La Strada du 26 Septembre au 9 Octobre 2016

Press article on Florian Pugnaire published in the n° 260 of La Strada magazine from September 26 to October 9, 2016.

 

 

Article de presse sur l’exposition MECHANICAL STRESS paru dans le n°866 du magazine Tribune le vendredi 21 Octobre 2016

Press article on Florian Pugnaire published in the n°866 of the magazine Tribune Bulletin Côte d’Azur on Friday, October 21, 2016.

 

Article sur l’exposition MECHANICAL STRESS de Florian Pugnaire publié sur le blog Chez Lola Gassin le lundi 14 Novembre 2016.

Article on the exhibition MECHANICAL STRESS by Florian Pugnaire published on the blog Chez Lola Gassin on Monday, November 14, 2016.

 

 

 

 

http://documentsdartistes.org/artistes/pugnaire-raffini/repro.html

http://documentsdartistes.org/artistes/pugnaire-raffini/repro.html

 

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/caXkgze/r4ykGj7

https://www.centrepompidou.fr/cpv/resource/caXkgze/r4ykGj7