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La Galerie Eva Vautier

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Rue Vernier populaire, près du tramway et de la Place de la Libération au bout de l’Avenue, à l’opposé de la mer que l’on distingue dans les interstices des immeubles de la Prom’, il y a un bel espace de plain-pied derrière une large vitrine. Son ample hauteur sous plafond, sa surface découpée en plusieurs espaces lumineux est un lieu qui côtoie un restaurant libanais, un végétarien, un magasin de lingerie et deux cafés cosmopolites à deux pas du marché de La Libé. La galerie est baignée de lumières, surmontée par une mezzanine où nous sommes happés par une originalité. Entre des expositions de solos (Forstner, Castelli, Combas), sont proposées des expositions de duos (Sandra Lecoq/ Virginie Le Touze, Gérald Panighi/Philippe Jusforgues…). Un artiste invité par Eva invite un autre artiste.

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En bas des marches, il y a une boutique avec des éditions de multiples, des livres et des catalogues, des objets en vitrine et un accueil chaleureux. Avec les expositions qu’elle programme par réelles affinités, Eva tient à montrer et à défendre, non pas le Nice des Niçois, mais, en grande partie ” les artistes de Nice à Nice ” : soit qu’ils y vivent, soit qu’ils y ont vécu, soit qu’ils y sont passés entretenant un lien plus ou moins étroit avec la ville. Car elle y tient : on ne va pas bouder son plaisir et sa chance d’avoir sous la main un incroyable réservoir de très bons artistes (et vous me direz mais c’est quoi un trébonartiste ?). Artistes autodidactes, anciens de la Villa Arson, de la Villa Thiole et de La Station participent de la dynamique de Nice et en proposent par leur présence, une autre lecture que celle des dépliants touristiques.

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La ligne de cette jeune galeriste est de tricoter des lignes, de croiser les fils de soie et de fer, de tisser des possibles entre les générations et les mouvances de l’art, de Fluxus à maintenant, les courants de l’air du temps. Donner des clés. Parce que l’art est transgenre on apprend à comprendre ici que la peinture pourrait marcher avec la vidéo, le dessin avec la performance, la sculpture avec la vidéo, le son avec la photographie, l’installation avec la gravure et la céramique.

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Depuis sa naissance, l’air de l’art circule dans les veines d’Eva Vautier. Tout commence avec ses premiers mots comme ses premiers pas qui se nourrissent d’une passion. Elle est une œuvre vivante signée par son père, Ben à l’âge de trois mois, en 1965. Les artistes défilent à la maison et au magasin, elle écoute, elle entend, elle voit et perçoit. Drôle de maison drôle. Elle y construit sa propre vision “du milieu”. A présent, elle fait de ce chemin ce que le métallo insinuerait dans sa forge à l’acier, lui donnant forme et direction. De même le maître verrier qui insuffle une transparence aux volumes. Et dans l’œil d’Eva, les lointains translucides des montagnes où elle a créé sa première entreprise, dans l’arrière-pays de Nice, ont posé les jalons de son indépendance et de sa liberté. Au-delà, elle vise des projections internationales, parce que transmettre, donner le goût de l’art et favoriser sa circulation, enjambent les frontières et les barrières culturelles.

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La galerie semble un travail en cours qui se prolonge dans des rendez-vous, sous forme de débats philosophiques, de conseils aux collectionneurs et avec une ouverture aux scolaires. Un lieu détendu qui offre un puits d’échanges et de partages joyeux. Pourvu que ce qui se montre soit habité et que la cohérence entre individu, démarche, pratique, s’impose elle aussi comme l’évidence d’un propos qui étonne, enthousiasme. Et que l’on se dise encore que l’art reste “ce qui rend la vie plus intéressante que l’art” (Robert Filliou).

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Sophie Braganti