En Suspens

Pauline Brun

Pour aborder le travail de Pauline Brun, il faudrait tout de suite commencer par isoler deux espaces : celui physique, géographique ou architectural, celui qui délimite finalement, et celui plus métaphysique, de la création, de la logique même de l’oeuvre en devenir. Ces deux espaces possèdent des paramètres qui leurs sont propres. Possèdent leurs règles et lois et permettent à l’artiste de venir opérer dans un cadre qui impose donc ses limites, les contextes qui le régissent. Le travail de Pauline Brun est donc une tentative pour venir appliquer dans le cadre de ces limites, une succession d’opérations, de gestes qui viendront repousser ces frontières et ce faisant, venir les effacer pour créer un troisième espace qui est celui de l’oeuvre.

Espace qui saura tous les réunir pour saisir, en un mouvement, ces vibrations et frottements d’éléments qui semblaient au départ pourtant isolés, mais qui soudainement, et ensemble, font sens. Si l’on isole dès le départ deux espaces, peut être pouvons nous évoquer également deux gestes qui leur sont propre : le retournement, et l’injection de procédés narratifs. Les oeuvres de Pauline Brun sont pensées pour des espaces. Il s’agira toujours d’un travail qui viendra faire écho au lieu supposé l’abriter. Ainsi l’enjeu du travail est d’utiliser les contraintes du lieu pour en opérer un bouleversement que j’appelle ici retournement. Ici, une planche de bois se transforme en surface suspendue, nécessité de la forme par l’action de la peinture qui lui impose son poids et ces propriétés physiques pour un temps de séchage. Là les murs ou cloisons servent de matière première à l’élaboration d’une sculpture dont on ne saurait d’ailleurs pas dire s’il s’agit d’une sculpture ou du socle attendant son oeuvre. Il semble que le mur lui-même se soit mis en marche et en mouvement et que, dans un grand effort, il soit parvenu à repousser la matière qui l’encerclait et le constituait, s’extrayant ainsi de sa condition. L’espace lui même, prit dans ses contraintes physiques, est ainsi traité comme un matériau que l’artiste vient sculpter à sa guise, le tirant, le tordant, le repoussant à l’extrême. Isoler ces éléments, les sortir de leur contexte initial et les retourner pour en faire ce qu’ils ne sont pas, c’est donc poser la question de ce qu’ils sont. C’est en posant cette question que les jeux narratifs commencent. L’artiste volontairement laisse sa trace dans la manipulation de ces espaces, et joue de celle-ci. Brouillant les pistes, en créant de fausses, en effaçant certaines, accentuant par moment le trait. Isoler la matière constitutive de l’espace et la traiter comme un objet, c’est lui donner un corps. Les oeuvres et l’espace portent ainsi les traces de leur propre histoire dont on ne saurait jamais dire si elles participent d’une fiction ou documentent la réalisation même du travail plastique. Un corps portant les stigmates d’un jeu ou d’un affrontement entre lui et l’artiste. Se déploie ainsi tout un vocabulaire poétique et imagé qui fait raisonner les corps entre eux, les matériaux et les formes. La découpe de la cloison laisse apercevoir le mur qui la soutient, stratifiant ainsi l’architecture du White Cube pour mieux en révéler sa double appartenance, en temps qu’espace, à l’univers tant théorique qu’architectural. Le renvoyant dans le même geste à sa condition d’objet historique, celui que l’on peut donc raconter.

Et si l’artiste laisse des traces, des preuves de son passage, c’est que le travail de Pauline Brun n’est finalement rien d’autre que la pratique de ces espaces. C’est par l’expérience de la manipulation de ces différents objets que le travail apparait. C’est parce que la cloison du mur est devenu sculpture, que l’espace peut être lu dans sa dimension poétique, révélant l’histoire dont il est porteur, histoire qui n’aurait pas su se dévoiler si le geste de l’artiste ne l’avait pas découverte. C’est donc bien un socle que l’on observe, celui là même qui soutient la pratique et l’expérience qui, ainsi, réunis en un geste font oeuvre. C’est au final par le corps, et par le corps de l’artiste si souvent mis en scène ou mis en jeu dans son travail (et l’on fait soudainement le lien entre cette surface rouge prit dans son temps de relâche et le costume que l’artiste arbore dans certaines de ses vidéos, travail qui n’est pas présenté ici et qui permet donc ce laps de temps nécessaire au nettoyage et au séchage du costume), que Pauline Brun dévoile les espaces dans lesquels son travail prend forme. Et c’est par l’expérience de ces espaces qu’elle parvient à créer celui dans lequel l’oeuvre d’art se déploie.

Arthur Eskenazi

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Pauline Brun, Relâche, 2014, Installation in situ, Contre-plaqué, peinture, câble,
250 x 120 x 500 cm

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Pièce de coupe, 2014, Installation in situ, mur, découpe, socle, 200 x 160 x 40 cm

Pauline Brun n° 5377 [Dessin préparatoire à pièce de...] 2014 Série de dessins,Papiers, graphite, découpe, collage 50 x 65 cm

Pauline Brun, “Dessin préparatoire à pièce de coupe”, 2014, 50 x 65 cm
Série de dessins, Papiers, graphite, découpe, collage

Pauline Brun n° 5658 [Under Control] 2015 Plaque de pltre, pltre, colorants.Non signé et non daté 90 x 120 x 90 cm ©Artiste

Pauline Brun Under Control, 2015, 90 x 120 x 90 cm, Plaque de plâtre, plâtre, colorants

EXPOSITIONS

 

2014

 

10 ans, Espace à vendre, Nice

 

2013

«Aux demeurants » Exposition collective au Château de Neublans-Abergement Symposium (sculpture) et Étendoir (installation vidéo)

«Objet #3 » Exposition en collaboration avec Arthur Eskenazi et le Collectif d2 au Point Éphémère à Paris

 

2012

 

(72h/85 m2) » Exposition collective à la Galerie Schirman et de Beaucé à Paris. Sculpture émancipée / n°1 Prise de position (installation in-situ)

« Groom » Exposition collective dans le cadre du Parcours Saint-Germain à l’Hôtel Lutetia à Paris (installation vidéo)

 

2011

 

« Bandits-mages » Exposition collective à Bourges To the man who flew into space from his apartment (vidéo)

« Le grand écart » Exposition collective à la Galerie Espace à Vendre à Paris To the man who flew into space from his apartment (vidéo)

« Festival Video Art » Exposition collective à Athènes (Grèce) To the man who flew into space from his apartment (vidéo)

Biennale « Wro Art Center » Exposition collective à Wroclaw (Pologne) To the man who flew into space from his apartment (vidéo)

 

DANSE

 

2011-2013

 

« Passage à l’acte » (Fanny De Chaillé & Philippe Ramette) Théâtre de la Cité Internationale, Ménagerie de Verre & Galerie des Galeries Paris Théâtre de Vanves (MAC/VAL) Vitry-sur-Seine

Théâtre le Vivat Armentières Invisible Dog New York (USA)

 

RESIDENCE

 

2014

 

Villa Arson Réalisation d’une vidéo en collaboration avec Diane Audema et Diane Blondeau 2013 En collaboration avec le Centre Chorégraphique National de Montpellier

Site personnel :

http://paulinebrun.com/

En suspens
Exposition du 13 mai au 14 juin 2014
Vernissage le 9 mai 2014

Pauline Brun, Alice Guittard, Charlotte Pringuey-Cessac, Agnès Vitani

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Exposition En Suspens à la Galerie Eva vautier